[Note 1: Demonomanie, livre III, dernier chap.]
"Nous avons vu un autre exemple, dit Bodin[1], de Philippe Woselich, religieux de Cologne en l'abbaye de Kructen, lequel fut assiege d'un demon, l'an 1550. Le malin esprit interrogue dit a l'exorciste, qu'il estoit l'ame du feu abbe, nomme Mathias de Dure, pource qu'il n'avoit paye le peintre, lequel avoit si bien peint l'image de la Vierge Marie, et que le religieux ne pouvoit estre delivre s'il n'alloit en voyage a Treves et Aix la Chapelle, ce qui fut fait; et le religieux ayant obei fut delivre."
[Note 1: Demonomanie, livre III, dernier chap.]
Bodin[1] cite encore cette histoire, "notoire aux Parisiens, advenue en la ville de Paris, en la rue Sainct-Honore, au Cheval rouge. Un passementier avoit atire sa niepce chez luy la voyant orpheline. Certain jour la fille priant sur la fosse de son pere a Sainct-Gervais, Satan se presente a elle seule, en forme d'homme grand et noir, lui prenant la main et disant: M'amie, ne crain point, ton pere et ta mere sont bien. Mais il faut dire quelques messes et aller en voyage a Nostre Dame des Vertus, et ils iront droit en paradis. La fille demande a cet esprit si soigneux du salut des hommes qui il estoit: Il repondit qu'il estoit Satan, et qu'elle ne s'estonna point. La fille fit ce qui lui estoit commande. Quoy fait il lui dit qu'il faloit aller en voyage a Sainct-Jacques. Elle respondit: Je ne scaurois aller si loin. Depuis Satan ne cessa de l'importuner, parlant familierement a elle seule faisant sa besogne, lui disant ces mots: Tu es bien cruelle; elle ne voudroit pas mettre ses cizeaux au sein pour l'amour de moy. Ce qu'elle faisoit pour le contenter et s'en despecher. Mais cela fait il lui demandoit en don quelque chose, jusques a de ses cheveux, dont elle lui donna un floquet. Quelques jours apres il voulut lui persuader de se jetter dedans l'eau, tantost qu'elle s'estranglast, lui mettant au col a ceste fin la corde d'un puits; mais elle cria tellement qu'il ne poursuivit point. Combien que son oncle voulant un jour la revancher fut si bien battu, qu'il demeura malade au lict plus de quatre jours. Une autre fois Satan voulut la forcer et conoistre charnellement, et pour la resistance qu'elle fit, elle fut battue jusques a effusion de sang. Entre plusieurs qui virent cette fille fut un nomme Choinin, secretaire de l'evesque de Valence, lequel lui dit qu'il n'y avoit plus beau moyen de chasser l'esprit qu'en ne lui respondant rien de ce qu'il diroit: encore qu'il commandast de prier Dieu, ce qu'il ne fait jamais qu'en le blasphemant et le conjoignant tousjours avec ses creatures par irrision. De fait Satan voyant que la fille ne lui respondoit rien, ni ne faisoit chose quelconque pour lui la print et la jetta contre terre, et de puis elle ne vid rien. M. Amiot, evesque d'Auxerre et le cure de la fille n'y avoyent sceu remedier."
[Note 1: Au 3e livre de la Demonomanie, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables.]
Goulart raconte, d'apres Hugues Horst[1] que, "l'an 1584 au marquisat de Brandebourg furent veus plus de huict vingts personnes demoniaques qui proferaient choses esmerveillables, conoissoyent et nommoyent ceux qu'ils n'avoyent jamais veus: entre ces personnes on en remarquoit qui longtemps auparavant estoyent decesdez, lesquels cheminoyent criant qu'on se repentist et qu'on quittast les dissolutions en habits, et denoncoient le jugement de Dieu, avouans qu'il leur estoit recommande de par le souverain de publier, maugre bongre qu'ils en eussent, qu'on s'amendast et qu'ainsy les pecheurs fussent ramenez au droit chemin. Ces demoniaques faisoyent rage par ou ils passoient, vomissoyent une infinite d'outrages contre l'eglise, ne parloient que d'apparitions de bons et de mauvais anges; le diable se monstroit sous diverses semblances; lorsque le sermon se faisoit au temple, il voloit en l'air avec grand sifflement, et parfois crioit: Hui, Hui: semant par les places des esguillettes des pieces de monnoye d'or et d'argent."
[Note 1: Hugues Horst, Histoire de la dent d'or de l'enfant silesien.]
"En la province de Carthagene, dit Goulart[1], quand le malin esprit veut espouvanter ceux du pays, il les menace des huracans[2]. De fait quelques fois il en suscite de si estranges, qu'ils emportent les maisons, desracinent les arbres et renversent (par maniere de dire) les montagnes sans dessus dessous. Oviedo raconte que une fois en passant sur une montagne de la terre ferme des Indes, il vid un terrible mesnage. Cette montagne (dit-il) estoit toute couverte d'arbres grands et petits entassez espais, l'un sur l'autre, l'espace de plus de trois quarts de lieue, et y en avoit beaucoup d'arrachez hors de terre avec toutes leurs racines, qui montoyent autant que tout le reste. Chose si espouvantable que seulement a la voir elle donnoit frayeur a tous ceux qui la regardoyent comme jugeans que c'estoit la plustost une oeuvre diabolique que naturelle." (Somm. de l'Inde occidentale, chapitre II.)
[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. II, p. 772.]
[Note 2: Ouragans.]