"Voici l'extrait d'une lettre ecrite de Kirchheim, du 1er janvier 1747, a M. Schopfflein, professeur en histoire et en eloquence a Strasbourg, et rapportee par dom Calmet[1]:
[Note 1: Ouvrage cite, p. 282-283.]
"Il y a plus d'un an que M. Cavallari, premier musicien de mon serenissime maitre, et Venitien de nation, avoit envie de faire creuser a Rothenkirchen, a une lieue d'ici, qui etoit autrefois une abbaye renommee, et qui fut ruinee du temps de la reformation. L'occasion lui en fut fournie par une apparition que la femme du censier de Rothenkirchen avoit eue plus d'une fois en plein midi, et surtout le 7 mai, pendant deux ans consecutifs. Elle jure et en peut faire serment, qu'elle a vu un pretre venerable en habits pontificaux, brodes en or, qui jetta devant lui un grand tas de pierres, et quoiqu'elle soit lutherienne, par consequent incredule sur ces sortes de choses-la, elle croit pourtant que si elle avoit eu la presence d'esprit d'y mettre un mouchoir ou un tablier, toutes les pierres seraient devenues de l'argent. M. Cavallari demanda donc permission d'y creuser, ce qui lui fut d'autant plus facilement accorde que le dixieme du tresor est du au souverain. On le traita de visionnaire, et on regarda l'affaire des tresors comme une chose inouie. Cependant il se moqua du qu'en dira-t-on, et me demanda si je voulois etre de moitie avec lui; je n'ai pas hesite un moment d'accepter cette proposition, mais j'ai ete bien surpris d'y trouver de petits pots de terre remplis de pieces d'or. Toutes ces pieces plus fines que les ducats sont pour la plupart du quatorzieme et quinzieme siecle. Il m'en a echu pour ma part 666, trouvees a trois differentes reprises. Il y en a des archeveques de Mayence, de Treves et de Cologne, des villes d'Oppenheim, de Baccarat, de Bingen, de Coblens; il y en a aussi de Rupert Paladin, de Frederic, burgrave de Nuremberg, quelques-unes de Wenceslas, et une de l'empereur Charles IV, etc.
"L'histoire qu'on vient de rapporter est rappelee, ajoute dom Calmet, avec quelques circonstances differentes, dans un imprime qui annonce une lotterie de pieces trouvees a Rothenkirchen, au pays de Nassau, pas loin de Donnersberg. On y lit que la valeur de ces pieces est de 12 livres 10 sols, argent de France. La lotterie devait se tirer publiquement le 1er fevrier 1750. Chaque billet etoit de six livres, argent de France."
Bartolin, dans son livre de la Cause du mepris de la mort, que faisoient les anciens Danois, liv. II, ch. II, raconte, d'apres dom Calmet[1], "que les richesses cachees dans les tombes aux des grands hommes de ce pays-la, etoient gardees par les manes de ceux a qui elles appartenoient, et que ces manes ou ces demons repandoient la frayeur dans l'ame de ceux qui vouloient enlever ces tresors, par un deluge d'eau qu'ils repandoient, ou par des flammes qu'ils faisoient paroitre autour des monuments qui renfermoient ces corps et ces tresors."
[Note 1: Ouvrage cite, t. I, p. 284.]
IV.—ESPRITS FAMILIERS.
"Plutarque, au livre qu'il a fait du Daemon de Socrates, tient, dit Bodin[1] comme chose tres certaine l'association des esprits avec les hommes et dit que Socrates, estime le plus homme de bien de la Grece, disoit souvent a ses amis qu'il sentoit assiduellement la presence d'un esprit, qui le destournoit toujours de mal faire et de danger. Le discours de Plutarque est long et chacun en croira ce qu'il voudra, mais je puis assurer avoir entendu d'un personnage encore en vie l'an 1580 qu'il y avoit un esprit qui lui assistoit assiduellement, et commenca a le connoistre ayant environ trente-sept ans: combien que ce personnage me disoit qu'il avoit opinion que toute sa vie l'esprit l'avoit accompagne, par les songes precedens et visions qu'il avoit eu de se garder des vices et inconveniens. Toutesfois il ne l'avoit jamais apperceu sensiblement, comme il fit depuis l'age de trente-sept ans: ce qui lui avint, comme il dit, ayant un an auparavant continue de prier Dieu de tout son coeur soir et matin a ce qu'il lui pleust envoyer son bon ange, pour le guider en toutes ses actions. Apres et devant la priere il employoit quelque temps a contempler les oeuvres de Dieu, se tenant quelques fois deux ou trois heures tout seul assis a mediter et contempler, et cercher en son esprit, et a lire la Bible pour trouver laquelle de toutes les religions debatues de tout costez estoit la vraye. Et disoit souvent ces vers du pseaume 143:
[Note 1: Demonomanie, liv. 1, ch. II.]
Enseigne-moi comme il faut faire,
Pour bien ta volonte parfaire:
Car tu es mon vrai Dieu entier.
Fay que ton esprit debonnaire
Me guide et meine au droit sentier.