"Ceux qui ont remarque, dit un ecrivain anonyme[1], les gestes ou escript la vie des papes sont autheurs que le pape Benoist 9e du nom, apparut apres sa mort vagant ca et la, avec une facon fort horrible, ayant le corps d'un ours, la queue d'un asne, et qui interrogue d'ou luy estoit advenue une telle metamorphose, il repondit: Je suis errant de ceste forme, pour ce que j'ay vescu en mon pontificat sans loy comme une beste."

[Note 1: Histoires prodigieuses extraites de plusieurs fameux auteurs, etc.]

Le Loyer[1] rapporte l'histoire d'une Peruvienne qui reparut apres sa mort. "C'est d'une Catherine, Indienne native de Peru, qui desdaignant de se confesser et morte impenitente, apparut toute en feu, et jettant de grandes flammes par la bouche, et par toutes les jointures du corps, tourmentant et inquietant premierement ceux de la maison ou elle etait decedee jusques a jetter pierres et puis a la fin se monstrant particulierement a une servante, a laquelle ceste Catherine confessa qu'elle estoit damnee et luy en dit la cause. Il se remarque qu'elle avoit en horreur une chandelle de cire benite ardente, qu'avoit la servante en main, et qu'elle pria la servante de la jetter par terre et l'estaindre parce qu'elle r'engregeoit sa peine. Les epistres de quelques jesuites attestent cette vision veritable, et produisent tant de personnes dignes de foy a tesmoignage, que force est d'en croire quelque chose et par les merveilles veues en ce siecle apprendre a ne se rendre trop incredules aux miracles du passe."

[Note 1: Discours et histoires des spectres, p. 658.]

"L'an 1534, dit Taillepied[1] la femme d'un prevost de la ville d'Orleans se sentant desja de la farine lutherienne, pria son mary qu'on l'enterrast apres son decez sans pompe ne bruit de cloche, ny d'aucunes prieres d'eglise. Le mary qui portoit fort bonne affection a sa femme fit selon qu'elle avoit ordonne et la fit enterrer aux cordeliers, dans l'eglise aupres de son pere et de son ayeul. Mais la nuict ensuyvant, ainsy qu'on disoit matines, l'esprit de la deffuncte s'apparut comme sur la voute de l'eglise, qui faisoit un merveilleux bruit et tintamarre. Les religieux advertirent les parents et amys de la deffuncte, ayant soupcon que ce bruict inaccoutume venoit d'elle qui avoit ete ainsi inhumee sans solennite. Et comme le peuple se fut trouve en telle heure et qu'on eut adjure l'esprit, il dit qu'il estoit damne pour s'estre adonne a l'heresie de Luther, et commandoit que son corps fut deterre et porte hors de terre sainte. Et comme les cordeliers deliberoient de ce faire, ils furent empeschez par gens mal sentans de la foy, lesquels pour se purger firent comme les ariens envers Athanase."

[Note 1: Traite de l'apparition des esprits, p. 123.]

"Chacun scait, dit Alexandre d'Alexandrie[1], que durant la grande prosperite de Ferdinand Ier, roi d'Arragon, la ville et le royaume de Naples ne voyant pres ni loin de soi tant soit petite apparence de guerre ou autre redoutable changement, un sainct homme nomme Catalde, lequel pres de mille ans auparavant avoit este evesque de l'eglise de Tarente, qui depuis le tenoit pour son patron, une fois aparut sur la minuit en vision a un prestre d'icelle eglise, et l'admonesta soigneusement de fouiller en certain endroit qu'il lui designa, ou il trouveroit un livre, par lui escrit durant sa vie, dedans lequel y avoit beaucoup de secrets, escrits par mandement expres de Dieu; qu'ayant trouve ce livre, il le portast promptement au roi Ferdinand Ier. Le prestre adjoustant peu de foi a ceste vision, laquelle lui aparut encore plusieurs fois depuis en son repos, avint un jour que s'estant leve fort matin, et se trouvant seul en l'eglise, l'evesque Catalde se presente a lui, la mittre en teste, couvert de chape episcopale, et fit au prestre veillant et le contemplant le mesme commandement susmentionne, adjoustant des menaces s'il n'executoit ce qu'il lui estoit enjoint. Le jour, ce prestre, suivi de grande multitude de peuple, s'achemina en procession solennelle vers la cachette ou estoit le livre, qui fut trouve en placques ou tablettes de plomb, bien attachees et clouees, contenant ample declaration de la ruine, des miseres, desolations, et pitoyables confusions du royaume de Naples, au temps de Ferdinand Ier. De fait sur les aprests de la guerre, Ferdinand mourut. Charles VIII, roi de France, envahit le royaume de Naples; Alfonse, fils aisne de Ferdinand, des son advenement a la couronne dechasse, fut contraint s'enfuir en exil, ou il mourut. Son fils, Ferdinand le Jeune, prince de tres grande esperance, heritier du royaume, fut envelope en guerre, et mourut en fleur d'aage. Puis les Francois et Espagnols partagerent le royaume, chassans Frideric, fils puisne de Ferdinand, firent des desordres et saccagemens incroyables partout le pays. Enfin les Espagnols en chasserent du tout les Francois."

[Note 1: Au IIIe livre de ses Jours geniaux, ch. XV, cite par
Goulart, Thresor des histoires admirables, t. IV, p. 331.]

"Sabellic[1] escrit que la commune voix fut, lors que Charles VIII entreprit la conqueste de Naples par l'aveu du pape Alexandre VI, que le fantosme de Ferdinand Ier, mort peu auparavant, aparut par diverses fois de nuict a un chirurgien de la maison du roi, nomme Jaques, et du commencement en gracieux langage, puis avec menasses et rudes paroles, lui enjoignit de dire a son fils Alfonse, qu'il n'esperast pouvoir faire teste au roi de France: d'autant qu'il estoit ordonne que sa race, apres avoir passe par infinis dangers, seroit privee de ce beau royaume, et finalement aneantie. Que leurs pechez seroyent cause de ce changement, specialement un forfait commis par le conseil de Ferdinand dans l'eglise de Sainct-Leonard a Pouzzol, pres de Naples. Ce forfait ne fut point declare. Tant va qu'Alfonse quitta Naples, et avec quatre galeres chargees de ce qu'il avoit de plus precieux se sauva en Sicile. Bref en peu de temps, la maison d'Arragon perdit le royaume de Naples."

[Note 1: Au IXe livre de ses Histoires, Ennead. 10, cite par
Goulart, Thresor des histoires admirables, t. IV, p. 332.]