Outre les bruits du corps humain, on s’intéressait à tous les bruits extérieurs, pour leur donner un sens propice ou non; ces bruits étaient de diverses natures, en raison des personnes qui s’en préoccupaient. Ainsi, celui auquel les amis et les agents des plaisirs sensuels attachaient le plus d’importance, c’était, ce devait être le craquement du lit (argutatio lecti). Il y avait dans les murmures si variés de ce meuble, qui crie, se plaint ou gémit, comme une âme en peine; il y avait là un langage mystérieux, plein de présages et d’oracles amoureux. Catulle ne peint pas les transports d’une courtisane en délire (febriculosi scorti), sans peindre la voix émue du lit qui tremble et qui se déplace (tremulique quassa lecti argutatio inambulatioque). Cette voix ressemblait tantôt à un éclat de bois qui se fend, tantôt à un grincement du fer contre le fer, tantôt à une prière, tantôt à une menace, tantôt à un soupir, tantôt à une lamentation. Chaque bruit avait un sens particulier, heureux ou malheureux, et bien souvent les plus tendres caresses étaient troublées, interrompues par ces avertissements du génie cubiculaire. Un lit qui gardait un silence absolu, et qui se taisait sous les plus actives sollicitations, semblait réserver l’avenir et suspecter l’amour. La place qu’occupait le lit n’était pas non plus indifférente. On le nommait lectus adversus, quand on le dressait devant la porte de la chambre, pour fermer cette porte aux divinités malfaisantes. On le nommait lectus genialis, quand on le consacrait au Génie (Genius), père de la Volupté. Ce Génie, c’était lui qui donnait une âme et une voix à l’ivoire, à l’ébène, au cèdre, à l’argent, qui composaient le trône du plaisir. Juvénal nous représente un vil complaisant, qui a consenti à suppléer à la virilité absente d’un mari, en le rendant père: «Durant toute une nuit, lui dit-il, je t’ai réconcilié avec ta femme, tandis que tu pleurais à la porte. J’en prends à témoin et le lit où s’est faite la réconciliation, et toi-même aux oreilles de qui parvenaient le craquement du lit et les accents entrecoupés de la dame.» (Testis mihi lectulus et tu, ad quem lecti sonus et dominæ vox...) Si le lit parlait aux amants en bonne ou en mauvaise part, tout ce qui les entourait pendant les longues heures employées sous les auspices de Vénus, tout prenait une voix persuasive et impérieuse: le pétillement de la lampe était surtout de favorable augure, et les amants n’avaient rien à craindre, lorsque la flamme jetait tout à coup une clarté plus vive en s’élevant plus haut. Ovide, dans ses Héroïdes, dit que la lumière éternue (sternuit et lumen), et que cet éternument promet tout le bonheur, qu’on peut souhaiter en amour.

Les courtisanes étaient les plus habiles à expliquer ces présages, qui devaient être surtout de leur compétence: tout le temps qu’elles ne donnaient pas à l’amour, elles le passaient à interroger les sorts et les augures; l’amour était, d’ailleurs, le but unique de leurs inquiétudes et de leurs aspirations. Si le cours ordinaire des choses ne leur fournissait pas des auspices naturels qu’elles pussent interpréter dans le sens de leur préoccupation, elles avaient divers moyens de prévoir les événements et de forcer les destins à trahir leurs secrets par certains bruits qu’elles provoquaient. Là, elles faisaient claquer des feuilles d’arbre sur leur poing à demi fermé; là, elles écoutaient le crépitement des feuilles de laurier sur des charbons ardents; ailleurs, elles lançaient au plafond de leur cellule des pepins de pomme ou de poire, des noyaux de cerise, des grains de blé, et cherchaient à toucher le but où elles visaient; quelquefois, elles écrasaient sur la main gauche des pétales de roses, qu’elles avaient façonnées, de l’autre main, en forme de bulle; d’autres fois, elles comptaient les feuilles d’une tige de pavot ou les rayons de la corolle d’une marguerite; enfin, elles jetaient quatre dés qui devaient en tombant leur offrir le coup de Vénus, si tous quatre présentaient des nombres différents. Les poëtes de l’amour sont remplis de ces divinations, qui faisaient battre le cœur des amants. Ceux-ci, tout en ayant des présages à eux, se montraient également sensibles aux présages qui s’adressaient à tout le monde. Une mérétrice, qui se heurtait aux jambages de la porte ou qui faisait un faux pas sur le seuil, en sortant pour se rendre au lupanar ou à la promenade, s’empressait de rentrer chez elle, ne sortait pas de tout le jour et s’abstenait ce jour-là des travaux de son métier. Si, en se levant le matin, elle s’était choquée au bois de son châlit, elle se recouchait et ne tirait aucun parti de ce repos forcé. Les amasii et les femmes vouées à la Prostitution étaient plus susceptibles que tout autre, à l’observation des présages qui s’offraient sur leur chemin, au vol ou au cri des oiseaux, aux murmures de l’air, aux formes des nuages, à la première rencontre, au dernier objet dont leur regard était frappé; mais, en outre, elles s’attachaient à certains présages qui n’avaient de valeur que pour elles seules. Un pigeon ramier, une colombe, un moineau, une oie, une perdrix, ces oiseaux chers à Vénus et à Priape, ne se trouvaient pas sans raison sur le passage d’une personne, qui ne rêvait qu’amour et qui croyait dès lors pouvoir tout entreprendre avec succès. L’empereur Proculus, après avoir vaincu les Sarmates, vit un jour sur le fronton d’un temple de Junon deux passereaux qui s’ébattaient: il eut la patience de compter leurs cris et leurs coups d’ailes; puis, il ordonna qu’on lui amenât cent filles sarmates qui n’eussent jamais connu d’homme: au bout de trois jours, il les laissa toutes grosses de ses œuvres. Lorsqu’un coupable zélateur de la débauche masculine entendait crier une oie, il se sentait rempli d’ardeur et de force; si une femme d’amour (amasia) voyait une tortue, en se promenant dans les champs, elle faisait vœu de céder au premier homme qui lui demanderait d’adorer Vénus avec elle. Il ne fallait que se rencontrer face à face avec un chien, pour être assuré d’avance que tout réussirait au gré de vos désirs libertins. Aviez-vous un chat devant vous, au contraire, c’était sage de remettre au lendemain la récréation amoureuse que vous vous étiez proposée et qui n’eût tourné qu’à votre confusion.

Il y avait aussi des superstitions très-singulières, qui allaient exclusivement à la crédulité du peuple de Vénus. Ce peuple-là, fantasque et bizarre, n’observait pas les jeûnes et les abstinences de plaisir, que les matrones s’imposaient en l’honneur de plusieurs solennités religieuses; mais elles ne s’épargnaient pas des privations du même genre, pour satisfaire des scrupules de conscience, que les matrones ne se fussent point avisées d’avoir pour les mêmes motifs. Une courtisane qui avait eu la faiblesse de cohabiter avec un circoncis (recutitus), se condamnait ensuite au repos pendant toute une lune. Un débauché qui voulait obtenir d’un garçon ou d’une fille la faveur de l’une ou l’autre Vénus, n’avait qu’à formuler sa requête sous forme de vœu adressé à la déesse, et il avait plus de chances d’être exaucé. «O ma souveraine, ô Vénus! s’écrie un personnage du roman d’Athénée, tandis qu’il partageait la couche d’un bel adolescent; si j’obtiens de cet enfant ce que j’en désire, et cela sans qu’il le sente, demain je lui ferai présent d’une paire de tourterelles.» L’adolescent fit semblant de ronfler, et le lendemain il avait une paire de tourterelles. Ce n’était pas seulement en affaire de mariage, que la question de virginité paraissait difficile et importante à constater. Les libertins recherchaient à grands frais la première fleur des vierges, et c’était là le commerce lucratif des lénons et des lènes, qui prenaient parfois leurs victimes à l’âge de sept ou huit ans, pour être plus certains de la condition d’une marchandise si fragile et si rare. L’acheteur demandait souvent des preuves, qu’on eût été fort en peine de lui fournir, si la superstition n’avait pas accrédité un usage étrange qui était même employé dans les mariages du peuple pour authentiquer l’état d’une vierge. Voici comment la chose se passait: au moment où la fille, qui se donnait pour intacta, allait entrer dans le lit où elle devait cesser de l’être, on lui mesurait le col avec un fil que l’on conservait précieusement jusqu’au lendemain; alors, on mesurait de nouveau avec le même fil: si le col était resté de la même grosseur depuis la veille et si le fil l’entourait encore exactement, on en concluait que la perte de la virginité chez cette fille remontait à une époque déjà ancienne et ne pouvait être mise sur le compte de celui qui avait cru se l’attribuer; mais, au contraire, cette virginité devenait incontestable pour les plus incrédules, dans le cas où, le col ayant grossi après la défloraison, le fil se trouvait trop court pour en faire complétement le tour. C’est à ce procédé aussi simple que naïf, que Catulle fait allusion dans son épithalame de Thétis et de Pélée, en disant: «Demain, sa nourrice, au point du jour, ne pourra plus entourer le cou de l’épouse avec le fil de la veille.»

Non illam nutrix orienti luce revisens,
Hesterno collum poterit circumdare collo.

Ce fil ou ce lacet qui avait prouvé une virginité, souvent grâce à la complaisance de la personne chargée de mesurer le cou de la vierge devenue femme, on le suspendait dans le temple de la Fortune Virginale, bâti par Servius Tullius près de la porte Capène; avec ce bienheureux fil, on dédiait à la déesse, nommée aussi Virginensis Dea, les autres témoignages de la virginité écrits en caractères de sang sur les linges de la victime: «Tu offres à la Fortune Virginale les vêtements maculés des jeunes filles!» s’écrie Arnobe, avec une indignation que partage saint Augustin dans la Cité de Dieu. Cette Fortune Virginale n’était autre que Vénus, à qui l’on offrait aussi des noix, pour rappeler que, durant la première nuit des noces, le mystère conjugal s’accomplissait au bruit des nuces, que les enfants répandaient à grand bruit sur le seuil de la chambre des époux, afin d’étouffer les cris de la virginité expirante. «Esclave, donne, donne des noix aux enfants!» (Concubine, nuces da), dit Catulle dans le chant nuptial de Julie et de Manlius. «Mari, n’épargne pas les noix!» dit Virgile dans ses Bucoliques: Sparge, marite, nuces! Aux yeux des Romains, pour qui tout était allégorie, la noix représentait l’énigme du mariage, la noix, dont il faut briser la coquille avant de savoir ce qu’elle renferme.

[CHAPITRE XXIV.]

Sommaire.—Les courtisanes de Rome n’ont pas eu d’historiens ni de panégyristes comme celles de la Grèce.—Pourquoi.—Les poëtes commensaux et amants des courtisanes.—Amour des courtisanes.—C’est dans les poëtes qu’il faut chercher les éléments de l’histoire des courtisanes romaines.—Les Muses des poëtes érotiques.—Leur vieillesse misérable.—Les amours d’Horace.—Éloignement d’Horace pour les galanteries matronales.—Cupiennus.—Serment de Salluste.—Marsæus et la danseuse Origo.—Philosophie épicurienne d’Horace.—Ses conseils à Cerinthus sur l’amour des matrones.—Comparaison qu’il fait de cet amour avec celui des courtisanes.—Nééra, première maîtresse d’Horace.—Serment de Nééra.—Son infidélité.—Bon souvenir qu’Horace conserva de son premier amour.—Origo, Lycoris et Arbuscula.—Débauches de la patricienne Catia.—Ses adultères.—Liaison d’Horace avec une vieille matrone qu’il abandonna pour Inachia.—Horribles épigrammes qu’il fit contre cette vieille débauchée.—On ne sait rien d’Inachia.—La bonne Cinara.—Gratidie la parfumeuse.—Ses potions aphrodisiaques.—Rupture publique d’Horace avec Gratidie.—La courtisane Hagna et son amant Balbinus.—Amours d’Horace pour les garçons.—Bathylle.—Lysiscus.—Amour d’Horace pour la courtisane étrangère Lycé.—Ode à Lycé.—Horace, trompé par Lycé, fait des vers contre elle.—Pyrrha.—Horace, ayant surpris Phyrrha avec un jeune homme, adresse une ode d’adieu à cette courtisane.—Lalagé.—Partage que fait Horace de cette affranchie avec son ami Aristius Fuscus.—Barine.—Tyndaris et sa mère.—Déclaration d’amour que fait Horace à Tyndaris.—La mère de Tyndaris, amie de Gratidie, s’oppose à la liaison de sa fille avec Horace.—Amende honorable d’Horace en faveur de Gratidie, pour obtenir les faveurs de Tyndaris.—Tyndaris se laisse toucher et réconcilie Horace avec Gratidie.—Lydie.—Cette courtisane trompe Horace pour Télèphe.—Ode d’Horace à Lydie sur son infidélité.—Myrtale.—Lydie quitte Télèphe pour Calaïs.—Réconciliation d’Horace et de Lydie.—Chloé.—Phyllis, esclave de Xanthias.—A quelle singulière circonstance Horace dut la révélation de la beauté de cette esclave.—Ode à Xanthias.—Phyllis, affranchie par Xanthias, prend Télèphe pour amant.—Horace succède à Télèphe.—Ode à Phyllis.—Glycère, ancienne maîtresse de Tibulle, accorde ses faveurs à Horace.—Amour passionné d’Horace pour cette courtisane.—Ode d’Horace à Télèphe devenu son ami.—Horace, à l’instigation de Glycère, écrit des vers injurieux contre plusieurs de ses anciennes maîtresses.—Publication que fait Horace de ses odes.—Glycère congédie Horace.—Tentative d’Horace pour se rapprocher de Chloé et faire oublier à cette courtisane Gygès son amant.—Dédains de Chloé pour Horace, qui prend parti pour Astérie, sa rivale.—Adieux d’Horace aux amours.—La chanteuse Lydé, dernière maîtresse d’Horace.—Honteuse passion d’Horace pour Ligurinus.

Les courtisanes, surtout les courtisanes grecques, qui faisaient les délices des voluptueux de Rome, n’ont pas eu d’historien ni de panégyriste, comme celles dont la Grèce avait reconnu l’ascendant politique, philosophique et littéraire, en leur décernant une espèce de culte d’enthousiasme et d’admiration. Les Romains, nous l’avons déjà dit, étaient plus grossiers, plus matériels, plus sensuels aussi que les Grecs du siècle de Périclès et d’Aspasie; ce qu’ils demandaient aux femmes de plaisir, à ces étrangères dont ils savaient à peine la langue, ce n’était pas une conversation brillante, solide, profonde, spirituelle, un écho des leçons de l’académie d’Athènes, une réminiscence de l’âge d’or des hétaires; non, ils ne cherchaient, ils n’appréciaient que des jouissances moins idéales et ils comptaient seulement, au rang des auxiliaires de l’amour physique, la bonne chère, les parfums, le chant, la musique, la danse et la pantomime. Ils n’accordaient, d’ailleurs, aucune influence hors du triclinium et du cubile (salle à manger et chambre à coucher) aux compagnes ordinaires de leurs orgies et de leurs débauches. La vie des courtisanes n’était donc jamais publique, et tout ce qu’elle avait d’intime transpirait à peine dans la société des jeunes libertins. Sans doute, cette société, tout occupée de ses plaisirs, comprenait des poëtes et des écrivains qui auraient pu consacrer leur prose ou leurs vers à la biographie des courtisanes avec lesquelles ils vivaient en si bonne intelligence; mais ce sujet lubrique leur semblait indigne de passer à la postérité, et, si chacun d’eux consentait à chanter la maîtresse qu’il avait prise, en la réhabilitant, pour ainsi dire, par l’amour, aucun, du moins parmi les auteurs qui se respectaient, aucun n’eût osé se faire le poëte des courtisanes à Rome, de même que les artistes, qui ne refusaient pas de faire le portrait de ces précieuses et fameuses, eussent rougi de s’intituler, à l’instar de certains artistes de la Grèce, peintres de courtisanes. Si quelques ouvrages, spécialement consacrés à l’histoire et à l’usage des courtisanes célèbres chez les Romains, furent composés sous la dictée de ces sirènes, et dans le but de les immortaliser, on peut supposer avec beaucoup de raison que de tels ouvrages n’émanaient pas de plumes distinguées et qu’ils doivent avoir été détruits avec les molles libri et tous ces écrits obscènes que le paganisme n’essaya pas de disputer aux justes anathèmes de la morale évangélique.

Mais, en revanche, les poëtes, qui étaient alors, comme de tout temps, les commensaux et les amants des courtisanes, se montraient fort empressés de leur accorder en particulier les hommages qu’ils auraient eu honte de leur attribuer en général; leur amour relevait à leurs yeux celle qui en était l’objet: ce n’était plus dès lors une femme perdue, notée d’infamie par les lois et stigmatisée du nom de meretrix; c’était une femme aimée et, comme telle, digne d’égards et de soins délicats. De son côté, la courtisane, en se sentant aimée, oubliait parfois elle-même sa profession et ressentait réellement l’amour qu’elle avait inspiré, dont elle était fière, et qui lui faisait la seule réputation honorable à laquelle il lui fût permis de prétendre. «Ainsi, dit M. Walkenaer dans son Histoire d’Horace, que nous ne nous lasserons pas de citer avec autant de confiance que les sources originales; ainsi, malgré les préceptes donnés aux jeunes filles destinées à la profession de courtisane par celles qui les élevaient pour cette profession, elles n’étaient pas moins susceptibles d’un véritable amour.» C’est donc dans les recueils des poëtes classiques, c’est donc dans les poésies adressées par eux à des courtisanes, qu’il faut retrouver les éléments de l’histoire de ces coryphées de la Prostitution romaine. Horace, Catulle, Tibulle, Properce et Martial nous fournissent les seuls documents qui puissent nous servir à dresser un inventaire très-sommaire et très-incomplet des courtisanes qui eurent les honneurs de la vogue depuis l’élévation d’Auguste à l’empire jusqu’au règne de Trajan. (41 ans avant J.-C.—100 ans après J.-C.) Ces courtisanes, que nous nommerons les Muses des poëtes érotiques, appartenaient la plupart à la classe des famosæ où leur esprit, leur beauté et leur adresse leur avaient donné droit de cité; mais, en vieillissant, elles retombaient la plupart dans la foule obscure des mérétrices de bas étage, et quelques-unes, après avoir vu des consuls, des préteurs, des généraux d’armée s’asseoir à leur table et se disputer des faveurs qu’ils payaient à des prix fabuleux, après avoir été entourées de clients, d’esclaves, de lénons et de poëtes, après avoir habité un palais et dépensé, en festins, en prodigalités de tout genre, l’or de plusieurs provinces conquises, arrivaient par degrés à un tel abandon, à une telle misère, qu’on les retrouvait le soir, couvertes d’un vieux centon ou manteau bariolé, errant avec les louves du Summœnium et offrant au passant inconnu les infâmes services de leur main ou de leur bouche. Ces honteux exemples de la décadence des courtisanes n’excitaient pas même la pitié de leurs anciens adulateurs, et ceux-là qui les avaient le plus aimées se détournaient avec horreur, comme nous l’apprend Catulle, qui rencontra de la sorte, dans l’opprobre de la Prostitution, une des maîtresses qu’il avait chantées au milieu des splendeurs de la vie galante.