Guillaume Coquillart, tout official de Reims qu’il était, parlait en vers le jargon des galloises de sa province. Il a laissé plusieurs ouvrages de poésie joyeuse, qui ont été fort estimés de son temps, et qui méritaient, à vrai dire, cette estime, eu égard à l’esprit qu’il y a mis et au tour qu’il a donné à cet esprit un peu libre, mais essentiellement français. Sous le titre des Droits nouveaux, il a rassemblé un grand nombre de questions qui forment une espèce de code de libertinage. Voici quelques-unes des questions et des réponses.
On demande à ce jurisconsulte des causes grasses, si une jeune femme doit nourrir elle-même son enfant. Il ne répond pas en official, mais en poëte et en connaisseur libertin.
Elle a le beau petit teton,
Cul troussé pour faire virade,
Le sain poignant, tendre, mignon:
Il n’est rien au monde plus sade (succulent).
S’elle est nourisse, elle sera fade,
Avalée, pleine de lambeaux:
Faisandes deviennent bécasses,
Les culz troussez deviennent peaux,
Les tetons deviennent tetasses.
Nourrisses aux grandes pendasses,
Gros sains ouvers remplis de laictz,
Sont pensues comme chiches-faces
Qu’on vent tous les jours au Palays,
Tetins rebondis, rondeletz,
Durs, piquans, gettez bien au moule,
Tendus comme un arc à jaletz,
Deviennent lasches comme soule.
On demande, quand on traite une affaire d’amour avec les gorgiases et les sucrées,
Qui ne le font pour rien, sinon
Pour le denier...
si cette affaire-là est vendage, ou louage, ou prêt, ou conduction, ou permutation, ou gage. Il répond: C’est un véritable contrat fondé sur cet axiome du droit romain: Facio ut des.
Afin que tu donnes, je fais;
C’est l’intention toute pure:
Sans les dons, on n’ayme jamais.
On demande si une bague ou femme de plaisir, qui a été trompée par une courtière ou maquerelle, et qui s’est donnée, sur la foi de celle-ci, à un putier ordinaire, peut réclamer des dommages et intérêts contre la prometteuse de robes fourrées, de monnaie et de parpignoles. Coquillart condamne la courtière à indemniser la pauvre mignonne, qui s’est fiée à ses conseils frauduleux, et à lui payer son salaire. En outre, ladite courtière, convaincue d’escroquerie et de faux, sera pendant quelque temps privée des profits de son odieux trafic.
Maître Coquillart examine un autre cas de courtage, qui se rapporte également à la rubrique De dolo, et qui nous apprend que les courtières du quinzième siècle n’étaient pas plus humaines ni moins avares que celles de nos jours.
Une qui sert de beaulx messaiges,
Une courtière qui ne vit
D’autre chose que de courtaiges,
En contrefaisant ces messaiges;
Une meschante deschirée
Qui a couru bourgs et villaiges
Et est à tous abandonnée;
Une morfondue mal parée,
Une meschant’ bague au gibier:
Cette vieille l’a emmenée,
Et la vous met sur le mestier,
Et de faict l’a appointée
De chapperon rouge, au surplus,
De corset de soye, de baudrier,
De robe, que voulez-vous plus?
Tant, que, devant, pour trois festus,
Vous l’eussiez eue ou pour du pain;
Maintenant, le couple d’escuz
Ou le noble (monnaie d’or) luy pend au sain.
Au temps de tout son premier train,
Elle alloit partout loing et près;
Et maintenant c’est un gros grain,
Et ne va que aux porches secretz;
Elle alloit, devant et après,
Toute seule, à mont et à val;
Maintenant, c’est un cas exprès
Qu’il la fault conduire à cheval.
Quel’ tromperie! propos final,
C’est déception et cautelle;
Or, l’inventeur de tout le mal
A esté ceste macquerelle.