Le très-équitable Coquillart veut que cette courtière soit punie et paye une amende, non pas au profit du sergent, mais au profit du public, qui sera dispensé d’acquitter sa dette impure vis-à-vis de la belle en chaperon rouge et en corset de soie.
On pose une question bien plus délicate, relative aux dols qui se pratiquent en amour, quand on demande au savant official de Reims si une image (fille naïve) peut abuser de la crédulité des hommes, pour leur vendre trois fois le même objet:
Quelque gros grain, faiseur du saige,
La vient ung petit manier:
Celuy-là paye l’apprentissaige
Et le pucellaige premier.
Depuis, survient quelque escollier,
Gorgias, de bonne maison,
Qui se met à en essayer,
Et est le second eschanson.
Après, survient quelque mignon
Qui paye et passe les destroitz:
Vous semble-il que ce soit raison
Vendre une seule chose à trois?
Coquillart est trop honnête pour souffrir une pareille fraude sur la qualité de la marchandise: il ordonne que la nymphe, coupable de stellionat amoureux, soit fustigée et battue,
Demy vestue et demy nue,
Pour recognoistre le délict,
Non pas au carrefour ne en rue,
Mais au quatre cornetz d’ung lict,
Les dents contremont, l’esperit
Pensant, ravy en amourette,
Et la teste au bout du chalit,
En lieu du cul d’une charette.
Le digne Coquillart, qui, en sa qualité d’official, avait souvent à juger des cas difficiles, et qui, par exemple, ne devait pas être effarouché par les arcanes des causes grasses, déploie toute l’autorité de sa science ès-lois dans le Plaidoyer d’entre la Simple et la Rusée. «Ce qui domine le plus dans cette pièce, selon l’abbé Goujet (Biblioth. franç., t. X, page 160), c’est l’obscénité. Deux femmes se disputent un amant; les avocats plaident pour et contre; les droits de chaque partie sont exposés, détaillés, prouvés, et ces droits respectifs, mis en si grand jour, ne sont pas certainement fondés sur la bonne conduite ni sur les mœurs réglées des parties; le juge interrompt les avocats; ceux-ci reprennent leurs plaidoyers; il y a enquête; on écoute les témoins: c’est une procédure en forme.»
Un des avocats, Me Simon, soutient un peu longuement, que si les hommes, en vertu de leur toute-puissance, n’avaient qu’à se baisser pour satisfaire leur convoitise à l’égard des femmes, cette trop grande facilité des plaisirs sensuels amènerait de sérieux inconvénients, car il s’ensuivrait
Que un meschant homme se pourroit
Rendre aux sucrées et drues,
Et ce semble qu’il ne fauldroit
Qu’abatre femme emmy les rues:
Si telles manières indues
Couroyent, tout seroit aboly,
Povres filles seroyent perdues
Et le mestier trop avily:
Par quoy, il n’y auroit celuy
Qui ne gouvernast damoyselles
Et qu’il ne voulsit aujourd’huy,
Sans foncer, avoir des plus belles
Et des plus gorgiasses, s’elles
Se vouloyent abandonner...
Parmi la déposition des témoins, il faut signaler celle d’une vieille courtière, qui raconte comment la Rusée, qui était vraisemblablement une femme de vie dissolue, ameuta les filles publiques du quartier contre la Simple, et alla nuitamment, accompagnée de ces tenceresses, faire le sabbat à la porte de sa rivale. Coquillart nous donne ainsi le signalement dudit témoin:
Dame de bonté singulière,
Valentine irrégulière,
Religieuse de Frevaulx,
Abbesse de haulte culiere,
Prieure de longue barrière,
Du diocèse de Bourdeaulx;
Aulmousnière de vieulx naveaulx,
Gardianne de vieulx drappeaulx,
Le dos esgu comme une hotte,
Chevauchant à quatre chevaulx
Sans estrivieres ne houseaulx,
Et ridée comme une marmote.