Qu’est devenu ce front poly,
Ces cheveulx blonds, sourcilz voultiz (arqués),
Grand entre’œil, le regard joly
Dont prenoye les plus subtilz;
Ce beau nez, ne grand ne petiz,
Ces petites jointes oreilles,
Menton fourchu, cler vistraictis (clair visage bien fait),
Et ces belles levres vermeilles?
Ces gentes espaulles menues,
Ces bras longs et ces mains traictisses (bien faites),
Petiz tetins, hanches charnues,
Eslevées, propres, faictisses
A tenir amoureuses lysses,
Ces larges reins, ce sadinet
Assis sur grosses fermes cuysses
Dedans son joly jardinet?
Le front ridé, les cheveulx gris,
Les sourcilz cheuz, les yeux estainctz,
Qui faisoient regars et ris
Dont maintz marchans furent attainctz,
Nez courbé, de beaulté loingtains,
Oreilles pendens et moussues,
Le vis (visage) pally, mort, et destaincts,
Menton foncé, levres peaussues.
C’est d’humaine beauté l’yssues,
Les bras courts et les mains contraictes,
Les espaulles toutes bossues,
Mammelles, quoy? toutes retraictes;
Telles les hanches que les tettes
Du sadinet... Fy! Quant des cuysses,
Cuisses ne sont plus, mais cuissettes
Grivelées comme saulcisses.
La belle Heaulmière n’est donc plus bonne à rien, si ce n’est à bailler une leçon aux filles de joie, et voici la doctrine qu’elle leur présente dans une ballade, où nous remarquerons que les folles femmes appartenaient la plupart à des corporations de métier, comme nous l’avions déjà indiqué.
Or, y pensez, belle gantière,
Qui m’escolière souliez estre,
Et vous, Blanche la savatière,
Or, est-il temps de vous cognoistre!
Prenez à dextre et à senestre,
N’espargnez homme, je vous prie,
Car vieilles n’ont ne cours ny estre,
Ne que monnoye qu’on descrie.
Et vous, la gente saulcissiere,
Qui de danser estes adextre,
Guillemette la tapissière,
Ne mesprenez vers vostre maistre:
Tous vous fauldra clore fenestre,
Quand deviendrez vieille flestrie,
Plus ne servirez qu’ung viel prebstre,
Ne que monnoye qu’on descrie.
Jehanneton la chaperonniere,
Gardez qu’ennuy ne vous empestre;
Katherine l’esperonniere,
N’envoyez plus les hommes paistre,
Car, qui belle n’est, ne perpetre
Leur male grace, mais leur rie:
Laidde vieillesse amour ne impetre
Ne que monnoye qu’on descrie.
Filles, veuillez vous entremettre
D’escouter pourquoy pleure et crie?
Pour ce que je ne me puys mettre
Ne que monnoye qu’on descrie.
Cette ballade nous apprend que la Prostitution se recrutait, au quinzième siècle, parmi les gantières, les savatières, les saucissières, les tapissières, les chaperonnières et les éperonnières. Nous y découvrons encore une particularité, qui mérite d’être signalée; c’est que ces femmes dissolues se plaçaient à leur fenêtre pour attirer les passants, comme cela se pratique encore en Hollande, à la Haye et à Amsterdam, où l’on voit, dans les rues suspectes, aux fenêtres du rez-de-chaussée, derrière des rideaux transparents, certaines filles qui se mettent en montre à moitié nues ou voluptueusement parées.