François Villon, qui avait en perspective les fourches patibulaires de Montfaucon, et qui était peut-être à demi corrigé avec l’espoir d’échapper à la potence, conseille à ses lecteurs d’appréhender le barat (tromperie) des filles publiques, lesquelles n’en veulent qu’à la bourse et à l’honneur du prochain; car, dit-il,
Car ce sont femmes diffamées!
S’elles n’ayment que pour argent,
On ne les ayme que pour l’heure:
Rondement ayment toute gent,
Et rient, lorsque bourse pleure.
Le poëte se repent de n’avoir pas plutôt fréquenté les femmes de bien, qui l’eussent gardé du vice au lieu de l’y faire tomber, mais il ne peut s’empêcher de repasser avec complaisance dans son imagination les fredaines de sa folle jeunesse; c’étaient des femmes diffamées, d’accord, mais elles étaient si belles, si joyeuses, si bien faites pour l’amour! Il se souvient même des leçons qu’il a reçues de deux d’entre elles, qui lui avaient appris à parler un peu le poictevin. Nous croyons qu’il entend, par cette expression figurée, dont il nous serait difficile pourtant de rendre le sens exact, l’art du souteneur de filles; il ne désigne aussi ses deux institutrices, que par une métaphore qui est plus intelligible ou qui du moins a été expliquée:
Filles sont très-belles et gentes
Demeurantes à Sainct-Genou,
Près Saint-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où.
Or, y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie (pas) si fou:
Je pense celer mes amours.
Pour comprendre ce langage figuré, il suffit de le rapprocher d’un passage du Gargantua de Rabelais (liv. I, ch, 6), dans lequel il est question d’une orde vieille, qui exerçait le métier de sage-femme: «Elle était venue, dit maître François, de Brisepaille, d’auprès Sainct-Genou.» Le savant Leduchat constate, dans son commentaire, qu’on désignait ainsi, en Languedoc et en Dauphiné, une vieille débauchée: «Cela signifie, dit-il, qu’il y a longtemps qu’on a brisé avec les genoux la paille de son grabat.»
Villon a mis de côté la honte; il donne carrière à ses œuvres, et il formule en ces termes la morale des viveurs de son temps:
Il n’est tresor que de vivre à son aise.
Il fait un ample éloge des femmes de Paris, qui ont le bec si affilé, et il les élève au-dessus de toutes les langues de la chrétienté:
Il n’est bon bec que de Paris.
Il reconnaît aussi d’autres mérites aux Parisiennes, et il en cite quelques-unes, qui cependant ne faisaient pas fortune dans la débauche: