Où l’escolier le maistre enseigne.

Mais, comme il s’agit de faire amende honorable, il s’adresse lamentablement aux enfants perdus, qu’on doit retrouver, dit-il, chez Marion l’Idole, et il les invite à se bien garder de l’imiter. Une ballade de bonne doctrine, qu’il offre à ceulx de mauvaise vie, nous fait mieux connaître encore ces piliers de tavernes et de bourdels:

Car, or’ soyes porteur de bulles,
Pipeur ou hazardeur de dez,
Tailleur de faulx coings, tu te brules
Comme ceux qui sont eschaudez (boulus);
Trahistres (traîtres) pervers, de foy vuydez,
Soyes larrons, ravis ou pilles:
Où en va l’acquest que cuydez?
Tout aux tavernes et aux filles.

Rime, raille, cymballe, luttes,
Hante tous autres eshontez,
Farce, broille, joue des flustes,
Fainctes, jeux et moralitez,
Faictz en villes et citez;
Gaigne au berlan, au glic (jeu de cartes), aux quilles:
Où s’en va tout? Or, escoutez,
Tout aux tavernes et aux filles.

De telz ordures te reculles,
Laboure, fauche champs et prez,
Sers et pense chevaux et mulles,
S’aucunement tu n’es lettrez;
Assez auras, si prens en grez;
Mais, si chanvre broyes ou tilles,
Ne metz ton labeur qu’as ouvrez,
Tout aux tavernes et aux filles.

Chausses, pourpoinctz et bourreletz,
Robes, et toutes vos drapilles,
Ains que cessez, vous porterez
Tout aux tavernes et aux filles.

Cette ballade morale nous apprend que les poëtes, les comédiens, les bateleurs, les musiciens et les joueurs formaient la fine fleur de la Prostitution. Villon s’était distingué entre tous par ses désordres et ses amours, si pauvre qu’il fût, car il puisait à pleines mains dans l’escarcelle des chalands de ses maîtresses. Il lardonne, en passant, un avare thésauriseur, maître Jacques James, qui ne dépensait que pour les truies, et qui achetait ses plaisirs au meilleur marché possible:

Pour qui amasse-t-il? pour les siens;
Il ne plainct, fors que ses morceaux:
Ce qui fut aux truyes, je tiens
Qu’il doit de droit estre aux pourceaulx.

Enfin, le malheureux Villon, après avoir d’un ton goguenard pris ses dernières dispositions, recommande son âme aux prières de tous ceux qui doivent s’intéresser à son sort:

A fillettes, monstrans testins
Pour avoir plus largement hostes;
A ribleurs, meneurs de hutins;
A bateleurs, traynans marmottes;
A folz et folles, sotz et sottes,
Qui s’en vont sifflant cinq et six;
A marmousetz et mariottes,
Je crie à toutes gens merciz!