Plusieurs noms se rapportent à des particularités indécentes du métier des filles publiques: bezoches (pioches); drues; hourrières (piocheuses, qui travaillent à la vigne avec la hourre); coignées; escoqueresses (écosseuses); martingales (qui doublent les enjeux); hores (qui se payent à l’heure); pautonnières (batelières ou passeuses); posoères (qui posent); presentières (qui présentent); rafaitières (qui rajustent); redresseuses; reveleuses ou plutôt releveuses; touses (qui tondent); etc. La joyeuse vie, que mènent ordinairement les prostituées avec leurs amants, se trouve indiquée dans une foule de noms qui équivalent à filles de joie: galloises (de galle, gaieté); goudines ou gaudines (de gaudere, se réjouir); gouines (de goyr, jouir); rigobetes (de rigober, faire la vie), etc. Les différentes espèces de femmes publiques, sont spécifiées par des noms différents: accrocheuses, celles qui raccrochent les passants; bonsoirs, celles qui les attirent, en leur disant bonsoir; braydonnes, celles qui leur tendent des gluaux ou brays; cloistrières, celles qui ne sortent pas du clapier; caignardières, celles qui hantent la compagnie des gueux; courieuses et courtisanes, celles qui demeurent dans les Cours d’amour; demoiselles du marais, celles qui ont toujours les pieds dans la boue; drouines, celles qui portent avec elles tout leur outillage, comme les drouineurs ou chaudronniers ambulants; ensoignantes, celles qui soignent leurs clients; grues, celles qui attendent au coin des rues; lescheresses, celles qui ont l’abominable industrie des fellatrices romaines; loudières, celles qui n’ont pour tout bien qu’un misérable grabat; maranes, celles qui, par la couleur de leur teint bistrée et par leurs cheveux crépus, accusent leur origine bohémienne ou moresque; musequines, celles qui se fardent et qui se parent; pannanesses, celles qui ne sont vêtues que de panne ou de bure; sourdites, celles qui sont tombées dans le vice par suite d’une séduction; saffrettes, celles qui portent ceinture dorée et broderies d’or ou d’argent, qu’on appelait saffre; villotières, celles qui connaissent les tas de foin, qu’on appelait villotes.

Les périphrases, qui procèdent la plupart de quelque locution proverbiale, disent bien ce qu’elles veulent dire et n’ont pas besoin de commentaire, lors même qu’elles renferment un jeu de mots licencieux, comme femmes de vie et fillettes de pis. Certains noms sont tirés de la langue du droit coutumier, comme personnières, qui participent à l’action, complices; usagères, terres vagues appartenant à la commune, etc. D’autres noms étaient devenus génériques, à cause de la qualité ordinaire des femmes qui les prenaient ou qui les recevaient, bien que ces noms-là fussent des noms de saintes, déguisés et corrompus, comme Janneton diminutif de Jeanne, et Margot diminutif de Marguerite. Enfin plusieurs noms, comme cambrouses, harrebanes, etc., qui n’ont pas encore été expliqués, demanderaient une longue enquête étymologique que nous n’entreprendrons pas ici.

L’abbé de l’Aulnaye, dans sa nomenclature des synonymes employés au seizième siècle pour qualifier les prostituées, a fait de nombreuses omissions, entre lesquelles nous signalerons seulement les suivantes: gaures, dont le sens est assez obscur; gorres, truies; friquenelles, de frisque, galant; images, c’est-à-dire peintes et fardées; poupines et poupinettes, semblables à des poupées; bringues, par onomatopée, frétillantes; bagues, au figuré; sucrées, paillasses et paillardes, qui couchent sur la paille; brimballeuses, qui sonnent la cloche; seraines ou sirènes; chouettes, oiseaux de nuit; capres ou chèvres, à cause de leur lubricité; ancelles ou servantes; guallefretières, c’est-à-dire radoubeuses de vaisseaux; peaultres, d’où l’on a fait peaulx, filles à matelots; gallières, qui aiment la joie ou galle; consœurs ou sœurs d’alliance; bas-culz, etc. Le Dictionnaire comique de Leroux, que nous n’avons pas mis à contribution, ajouterait peut-être une vingtaine de noms bas et grossiers, que les auteurs du seizième siècle ont ramassés dans la fange de la Prostitution, et que Beroalde de Verville a enchâssés comme des diamants dans les ornements du Moyen de parvenir. Quant aux périphrases inventées pour exprimer le même objet sous toutes ses faces, elles sont innombrables et frappées, en général, au bon coin de l’esprit français. Nous n’essayerons pas d’en joindre une seule à celles que l’abbé de l’Aulnaye a pris soin de recueillir, comme pour donner une idée de toutes les autres qui pourraient être glanées après lui.

Une de ces périphrases, femmes au court talon, ne serait pas compréhensible par le simple rapprochement d’un proverbe qui a été formulé ainsi en deux rimes:

Mais la beaulté de la court,
C’est d’avoir le talon court.

Un passage du cinquième livre de Rabelais nous fait connaître ce que c’était que d’avoir le talon court. En parlant du rajeunissement que la reine de la Quinte opérait sur les vieilles femmes, Rabelais observe qu’après avoir été rajeunies, «elles avoyent les talons trop plus courts que devant, ce qui estoit cause, que, à toutes rencontres d’hommes, elles estoyent moult subjectes et faciles à tomber à la renverse.»

Malgré cette multitude de surnoms de toute sorte qui s’appliquaient aux femmes de mauvaise vie, leur nom, par excellence, était toujours putain, qui ne fut banni entièrement du langage et du style honnêtes, qu’à la fin du règne de Louis XIV, car on le trouve encore dans les comédies de Molière. Aux quinzième et seizième siècles, il osait se montrer partout, dans les plaidoyers des avocats, dans les sermons des prédicateurs, dans les livres de morale, de jurisprudence et d’histoire, dans les ouvrages de poésie et de littérature. On le rencontre même dans des livres écrits par des femmes. L’abbé de l’Aulnaye a cité quatre proverbes, dans lesquels la sagesse des nations s’adresse à la putain, et lui dit son fait avec une candide grossièreté:

Amour de putain, feu d’étouppes.

Putain fait comme corneille:
Plus se lave, plus noire est-elle.

Quand maistre coud et putain file,
Petite pratique est en ville.