Si ce n’eût été que les bordeaux stationnaires et attitrés! Mais la débauche était partout, et pas une maison n’en était exempte; c’est Menot qui le dit avec énergie: «Nunc ætas juvenum est ita dedita luxuriæ, quod non est nec pratum, nec vinea, nec domus, quæ non sordibus eorum inficiatur.» Menot ajoute qu’on ne voyait que des filles de joie dans la ville comme dans les faubourgs: In suburbiis et per totam villam non videtur alia mercatura. Cette marchandise convenait à tous les âges et à toutes les conditions sociales; les vieilles comme les jeunes, les femmes mariées comme les filles, les servantes comme les maîtresses, faisaient ce que le prédicateur appelle le trafic de leur corps, lucrum corporis. «In cameris exercentur luxuriæ, in senibus, juvenibus, viduis, uxoratis, filiabus, ancillis, in tabernis et consequenter in omni statu.» Les tavernes et les hôtelleries étaient alors, comme de tout temps, des repaires de Prostitution. Michel Menot fait dire à des jeunes gens nouvellement mariés: «Vous savez que nous ne pouvons pas avoir tousjours nos femmes auprès de nous pendues à nostre ceinture ou plustost les porter en nostre manche, et cependant nostre jeunesse ne se peut pas passer de femmes. Nous venons à des tavernes, hostelleries, estuves et autres bons lieux: nous trouvons là des chambrières faites au mestier et qui ne valent pas beaucoup d’argent: à scavoir-mon si c’est mal fait d’en user comme de sa femme?» Les étuves publiques servaient aussi aux rencontres des amants. Maillard en parle souvent, et dans son sermon de Peccati stipendio, il s’adresse à son auditoire: «Mesdames, dit-il à ses paroissiennes, n’allez pas aux étuves (stuphis), et n’y faites pas ce que vous savez!» Les églises, que la Prostitution, comme nous l’avons dit, ne respectait pas plus que les tavernes et les étuves, devenaient elles-mêmes, au besoin, les succursales des mauvais lieux. «Si les piliers des églises avaient des yeux, s’écrie Maillard en redoublant ses hem! hem! oratoires, et qu’ils vissent ce qui s’y passe; s’ils avaient des oreilles pour entendre et qu’ils pussent parler, que diraient-ils? Je n’en sais rien; messieurs les prêtres, qu’en dites-vous?» (Quadragesim.; serm. 11.) On trouve en effet, dans tous les anciens pénitentiaires, la désignation spéciale du péché de luxure commis dans une église, soit pendant les offices, soit en dehors des cérémonies du culte, ce qui établissait plusieurs degrés dans ce péché comme dans sa pénitence. Maillard s’étonne que les saints, qui ont leurs reliques ou leurs tombeaux dans les églises où se commettent de telles abominations, ne se lèvent pas de leurs châsses et de leurs sépultures, pour arracher les yeux aux paillardes et à leurs ribauds.
Maillard et les autres sermonnaires du même temps nous donnent peu de détails sur les ribaudes de profession. Quoiqu’ils les traitent de viles prostituées (viles meretrices), ils ont l’air de les plaindre. «O pauvres filles pécheresses! s’écrie le bon Maillard dans son Sermon 14 (Quadragesim.), ô femmes mondaines qui vivez avec des chiens (mulieres mundanæ, sociæ canum)! n’endurcissez pas vos cœurs, mais convertissez-vous à l’instant!» Ailleurs, il les supplie encore de revenir à Dieu, ainsi que leurs écoliers de débauche; il les adjure de ne pas perdre leurs âmes dans les délices du monde: O peccatrices mulieres, et, vos, scolares cujuscumque conditionis, hortor vos in Domino Jesu quod propter delectationes mundi non perdatis animas vestras! Dans un autre sermon, il les somme, ces misérables filles du diable (vos, miserabiles filiæ diaboli), de se convertir; il fait appel en même temps aux courtisanes qui cachent leur honteuse profession et qui l’exercent secrètement (vos, secretæ meretrices, quæ facilis pejora publica). (Serm. 48.) On voit qu’il éprouve un sentiment de compassion charitable pour ces malheureuses victimes de la Prostitution.
Quant aux agents de cette Prostitution, il est impitoyable pour les dénoncer à la haine et au mépris des honnêtes gens, pour invoquer contre ces infâmes toute la rigueur des lois. «Êtes-vous ici, messieurs de la justice? dit-il un jour. Quelle punition faites-vous des maquereaux et des rufiens de ceste ville?» Une autre fois, il s’adresse encore aux magistrats, en les invitant à punir l’excitation à la débauche: «J’en appelle à vous, messieurs de la justice, qui ne faites pas punition de telles personnes!» dit-il, en accusant les femmes perdues, qui, après avoir trafiqué d’elles-mêmes dans les mauvais lieux, trafiquent des autres qu’elles corrompent et qu’elles vendent, en quelque sorte, à l’encan. «S’il y avoit en ceste ville, continue Olivier Maillard, qui s’élève presque à la véritable éloquence, s’il y avoit quelqu’un qui eust dérobbé dix solds, il auroit le fouet, pour la première fois; s’il y retournoit, pour la seconde, il auroit les oreilles coupées ou le corps mutilé, en quelque autre sorte (car il est dit: Esset mutilatus in corpore); s’il déroboit, pour la troisième fois, il seroit mis au gibbet; or, dites-moi, messieurs de la justice, qui est pire dérober cent escus ou bien une fille?» (Quadrages., serm., 21.) Ce passage confirme ce que nous avons dit du premier métier des courtières du vice. «Nonne tales invenietis in illa civitate, quæ in juventute incipiunt lupanaria et semper continuant, et postmodum efficiuntur maquerellæ?» Olivier Maillard poursuit avec un zèle édifiant tous les êtres dégradés qui font le courtage de la Prostitution et qui vivent à ses dépens; il les accable d’injures; il les signale à l’aversion de tous; il les cherche du regard, et il les désigne du geste, au milieu de son auditoire frémissant: «Dicatis, vos, mulieres, posuistis filias ad peccandum; vos, mulieres, per vestros tactus impudicos provocastis alios ad peccandum? et, vos, maquerellæ, quid dicitis? (Serm. 37.)» Celles à qui le fougueux cordelier s’adressait de la sorte, baissaient la tête en rougissant et cherchaient à échapper à cette pénitence publique qu’il leur faisait subir en les démasquant.
Il les interpelle, ces vieilles impures; il voudrait qu’on les écorchât vives: Estis hic antiquæ maquerellæ: si essetis scoriatæ, non essetis satis punitæ! (Serm. 41). Il les représente comme inspirées par le diable et il ne se dissimule pas qu’elles sont presque aussi nombreuses à Paris que les pauvres filles qu’elles mènent à mal: Hoc tangit etiam diabolicas mulieres provocantes alias ad maleficiendum. Habetis in ista civitate multas mulieres quæ provocant sorores suas ad immunditiam suam. (Serm. 39.) Mais, entre toutes ces viles créatures, celles qu’il déteste le plus, celles qu’il dévoue aux flammes de l’enfer, ce sont les mères qui travaillent elles-mêmes à la Prostitution de leurs filles sous prétexte de leur faire gagner une dot: «Suntne hic matres illæ maquerellæ filiarum suarum, quæ dederunt eas hominibus de Curia ad lucrandum matrimonium suum? (Serm. 1.)» Il regarde autour de lui, comme pour découvrir dans l’assemblée quelqu’une de ces mères dénaturées: toute l’assistance est émue et attend un arrêt. «Nous avons, reprend le prédicateur, nous avons plusieurs mères qui vendent leurs filles et sont les maquerelles de leurs filles, et leur font gagner leur mariage à la peine et à la sueur de leur corps! (Et faciunt eis lucrari matrimonium suum ad pœnam et sudorem sui corporis.)» Il fallait que cette Prostitution, la plus hideuse de toutes, fût bien fréquente alors, puisque les sermonnaires ne se lassent pas de la frapper d’anathème. Menot la dénonce, à peu près dans les mêmes termes que Maillard: «Les mères, dit-il, damnent leurs filles par les mauvais exemples qu’elles leur donnent, par le goût du luxe et des parures qu’elles leur inspirent, et par la trop grande liberté qu’elles leur laissent. Et ce qui est bien pis encore, et je ne le dis qu’en versant des larmes, elles vendent leurs propres filles à des pourvoyeuses de débauche! (Et quod plus est, quod et flens dico, numquid non sunt quæ proprias filias venundant lenonibus?)» Les prédicateurs sont tous d’accord sur cette horrible exploitation des filles à marier sous les yeux et à l’instigation de leurs parents. Maillard ne craint pas de dire aux mères de famille: «Mères qui donnez à vos filles des robes ouvertes et autres vêtements indécents, pour leur faire gagner leur mariage!» Et aux pères de famille: «Et, vous, bourgeois, n’est-ce pas pour prostituer vos filles, que vous leur donnez de beaux habits et que vous les fardez comme des idoles!»
Tout ce qui tenait de près ou de loin au commerce de la Prostitution se plaignait hautement des censures, souvent personnelles, que leur adressait le prédicateur du haut de sa chaire. Ainsi, Maillard, après avoir marqué au fer rouge les mères proxénètes, se tournait vers des dames qui chuchotaient entre elles: «Mesdames les bourgeoises, leur disait-il, n’êtes-vous pas du nombre de celles qui font gagner la dot à vos filles à la sueur de leur corps (ad sudorem corporis sui)?» Les femmes de folle vie le conjuraient de ne plus parler d’elles et de s’attaquer, par exemple, aux barbiers et aux apothicaires. «Je vous ai dit, reprenait l’indomptable Maillard, que telle demoiselle est une courtière de débauche; il en est beaucoup d’autres qu’on ne connaît pas et que je vous dénoncerai de même (Dixi vobis quæ domicella quædam est maquerella, et sunt multæ secretæ de quibus etiam loquar.» (Serm. 41.) Les sermons du terrible jacobin produisaient un tel effet dans le monde de la débauche, que les filles publiques disaient à leurs amants: «Vous êtes allé entendre ce prédicateur? Je vois bien maintenant que vous deviendrez chartreux et que vous n’aurez plus souci des femmes!» (Quadrages., serm. 39.)
Ces sermons nous apprennent qu’à cette époque les proxénètes de sexe masculin n’étaient pas moins dangereux que les femmes dégradées qui faisaient ce vilain métier. Le prédicateur prend sans cesse à parti les lénons et les maquereaux (lenones et maquerelli), que les gens riches, les membres du parlement, les abbés et les chanoines employaient au service de leurs amours illicites. On voit, en plusieurs endroits, que les prostituées avaient des souteneurs et des pourvoyeurs, qui allaient par la ville leur chercher des chalands: Et, vos, meretrices, dit-il dans son 43e sermon quadragésimal, quando lenones vestri querunt quod juvetis ac diligatis eos magis quam alios. Il les appelle, ailleurs, procureurs (procuratores). Il ne rejette pas sur eux toute la responsabilité du péché qu’ils provoquent, car il blâme un pénitent qui s’excuse d’avoir commis la faute en l’attribuant à quelqu’un de ces misérables vendeurs de chair humaine: Ille enim qui habuit unam juvenculam per medium alicujus maquerelli, non debet se excusare super eum, sicut nec illa quæ dixit quod fuit tentata; itaque tentator compulit eam facere quod voluit, sicut aliquis ribaldus vel leno. (Serm. 37.) Il invite ces lénons, qui foulent aux pieds la croix de Jésus-Christ, à se repentir et à échapper ainsi à la damnation éternelle: Audite, o pauperes peccatores, blasphematores, usurarii et lenones, et, vos etiam, viles meretrices, timetisne damnari? (Serm. 1.) Michel Menot, qui fait souvent comparaître dans ses sermons ces ignobles intermédiaires de la débauche, ne les convie pas à résipiscence, comme s’il n’était que trop convaincu de leur endurcissement: il les abandonne impitoyablement aux tourments de l’enfer. Voici comment il les traite dans son jargon macaronique: «Est una maquerella quæ posuit multas puellas au mestier; ad malum ibit, elle s’en ira le grand galot ad omnes diabolos. Estne totum? Non, elle n’en aura pas si bon marché, non habebit tam bonum forum, sed omnes quas incitavit ad malum servient ei de bourrées et de coterets pour lui chauffer ses trente costes!» (Serm. quadrages., 2.)
Olivier Maillard, dans un sermon prononcé à Saint-Jean en Grève, le lundi avant le premier dimanche de l’avent, nous fait un curieux tableau du rôle que jouaient les lénons dans les affaires de trafic amoureux. Il raconte qu’un de ces agents de Prostitution (aliquis maquerellus) est chargé de porter de la part d’un président de Cour une belle bague à quelque femme de plaisir: il y en a cinq que l’envoyé doit voir l’une après l’autre, la première est Picarde, la seconde Poitevine, la troisième Tourangelle, la quatrième Lyonnaise, et la cinquième Parisienne. Il se rend chez la première et frappe à sa porte, en disant: Trac, trac, trac. La servante vient et demande: «Qui est là?—Ouvrez, dit le messager, et dites à madame que je suis le serviteur de tel seigneur, et que je veux lui parler.» La chambrière retourne près de sa maîtresse, qui ne veut pas donner audience à cet envoyé, et qui lui fait dire de se retirer. «Cette femme est bonne!» s’écrie le prédicateur. Le courtier d’amour va ensuite frapper à la porte de la Poitevine; la servante ouvre, et il est admis chez la dame, qui lui répond: «Dites à votre maître que je ne suis pas ce qu’il croit (Dicatis magistro vestro quod non sum talis seu de illis).» «Cette seconde femme est bonne aussi! objecte le prédicateur, mais moins bonne que la première.» L’envoyé va chez la troisième; il entre, il lui montre la bague. «Certes, dit cette femme, votre bague est très-belle, et elle me plaît beaucoup.—Elle est à vous, si vous voulez, reprend l’homme.—Je n’en veux pas, réplique-t-elle, car je crains que mon mari ne la voie.» «Cette femme est mauvaise!» s’écrie le prédicateur; car elle consent d’intention, quoique la crainte du scandale l’empêche d’en venir au fait.» Le proxénète est encore mieux accueilli par la quatrième, qui lui dit: «La bague est belle, mais j’ai un très-méchant mari; s’il savait ce qu’on exige de moi, il me casserait la tête; je ne ferai donc pas ce que désire M. le président.» «Cette femme ne vaut rien, ajoute le prédicateur, parce que ce n’est pas la crainte de Dieu, mais celle de son mari, qui la retient.» L’envoyé arrive enfin chez la cinquième, qui est née à Paris et qui y a fait son éducation. Elle garde la bague et dit au serviteur: «Avertissez votre maître que mercredi mon mari doit s’absenter, et que ce jour-là j’irai rendre visite à M. le président.» «Cette femme, dit Olivier Maillard en toussant à plusieurs reprises, cette femme est plus mauvaise que les quatre autres!»
C’est surtout contre l’incontinence des prêtres et des religieux, que tonnent les prédicateurs, et l’on comprend qu’en ne faisant pas grâce aux impuretés et aux scandales du clergé séculier et régulier, ils se soumettaient à l’opinion générale. La conduite de beaucoup d’ecclésiastiques devait être, à cette époque, si honteuse et si dépravée, que fermer les yeux sur elle, c’eût été l’approuver. Olivier Maillard est inflexible à l’égard des gens d’église qui ont des concubines à pain et à pot ou qui hantent les femmes de mauvaise vie. Il ne craint pas de dire qu’un évêque ou un abbé, en fréquentant une maison, déshonore les personnes qui l’habitent. Il parle donc à chaque instant de sacerdotes concubinarii ou fornicarii. Il tance les femmes qui s’abandonnent aux moines et aux curés (vos, mulieres, quæ datis corpus vestrum curialibus, monachis, presbyteris. Serm. 36). Il maudit ceux qui entretiennent des filles et qui célèbrent la messe (ecclesiasticis tenentibus meretrices publicas et celebrantibus. Serm. 20); ceux qui font des cadeaux à leurs prostituées (certe credo quod libenter enim dant meretricibus. Serm. 57); ceux qui donnent des chaînes et des robes à queue à leurs pénitentes, et que celles-ci gagnent à la peine de leur corps (Serm. 39); ceux qui font de leurs clercs de vils agents de Prostitution; ceux qui, dans leurs banquets, tiennent des propos obscènes; ceux qui se chargent de la dot des filles à marier; ceux enfin qui commettent mille abominations.
Michel Menot n’est pas moins explicite sur les débordements des ecclésiastiques: Il défend de donner l’eucharistie aux servantes des prêtres, lesquelles ne sont que leurs concubines. Il nous montre des filles séduites par les prêtres, qui les enferment (est filia seducta quæ fuit per annum reclusa cum sacerdote cum poto et cochleari, à pot et à cuiller). «Il dit aussi en quelque endroit, rapporte Henri Estienne, que, quand les gendarmes entroyent es villages, la première chose qu’ils cerchoyent, c’estoit la putain du curé ou vicaire; mais, au regard des prélats (à ce qu’on peut juger par ce qu’en dit ce prescheur), on eust bien fait d’advertir depuis un des bouts de la ville jusques à l’autre: «Gardez bien vostre devant, madame ou mademoiselle!» Car, outre celles qu’ils entretenoyent en leurs maisons, ils avoyent leurs chalandes par tous les endroits de la ville; mais ils prenoyent plaisir à faire les conseilliers cornus surtout. Et le bon estoit qu’il faloit toujours que les grosses maisons eussent un prélat pour compère; de sorte que souvent il advenoit que le mari prenoit pour compère celuy qui estoit jà père, sans qu’il en sceust rien.» Les prédicateurs parlent, avec plus de réserve, des mœurs dissolues de certains couvents de femmes; mais ils en disent assez pour qu’on devine la Prostitution qui s’y cachoit quelquefois. «Théodoric de Niem, dit Dulaure dans son Histoire de Paris, nous apprend que les couvents de religieuses étaient des espèces de sérails à l’usage des évêques et des moines; qu’il en résultait plusieurs enfants qu’on érigeait en moines; que quelques religieuses se faisaient avorter, que d’autres tuaient leurs enfants, etc.» (Nemoris Unionis tractatus, VI, ch. 34.) Olivier Maillard avait donc raison de s’écrier: «Puissions-nous avoir d’assez bonnes oreilles pour entendre la voix des enfants jetés dans les latrines ou dans les rivières!»
La démoralisation devait être bien grande, puisque Maillard n’osait pas même s’exprimer ouvertement sur les incestes et les autres péchés de paillardise qu’il reprochait à son époque: Taceo de adulteriis, stupris et incestibus et peccatis contra naturam. Gabriel Barletta, qui ne fut en quelque sorte que l’écho de Maillard et de Menot en Italie, est moins réservé à cet égard, parce qu’il s’adressait à des Italiens: O quot sodomitæ, o quot ribaldi! s’écriait Barletta, qui n’hésitait pas à devenir technique dans cet affreux sujet: Hoc impedimento impedit diabolus linguam sodomitæ, qui cum pueris rem turpem agit. O naturæ destructor! impeditur ille qui cum uxore non agit per rectam lineam; impeditur qui cum bestiis rem agit turpem. Barletta trouvait sans doute la chose plaisante, puisqu’il joue sur le mot carnalitates, dont il fait cardinalitates, par allusion aux cardinaux, qu’il accusait surtout de ces turpitudes. Maillard s’efforce aussi de corriger les erreurs de la chair, ad domandum carnis vitia; mais il n’attaque pas en détail les péchés de luxure; il reproche seulement aux ribauds de vivre comme des porcs (vos, meretrices et paillardi, qui vivitis sicut porci. Serm. 57). Il a honte de son siècle, et parfois il détourne les yeux avec dégoût, en s’écriant: «O mon Dieu, je ne croy point que, depuis l’incarnation de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, la luxure ait autant regné en tout le monde qu’elle règne maintenant à Paris!»