et l’amour fait ce qu’argent ne saurait faire. En Italie, vieilles et jeunes, sont également avides et trafiquent de leurs faveurs avec la même adresse; souvent la vieille ouvrière fait la poupine mieux que la plus jeune commère.
Quant, en la France, une dame decline,
Elle resigne aux autres le deduict:
Se retirer est bon, quant il est nuyct.
Les Lombardes ont des robes d’étoffe d’or pour paraître en public, et elles ressemblent à des fées, tant elles sont coiffées mignonnement et à leur poste; mais, sous leurs oripeaux, elles sont plus usées et plus débiffées que les vieilles chausses d’un poste (postillon). C’est qu’elles ne mangent pas tous les jours et qu’elles n’épargnent pas leur pauvre corps; tandis que les Françaises sont grasses et bien nourries, comme elles le disent avec orgueil:
Fermes sommes et le serons;
Tetons avons; elles, tetasses
Pendans, comme vieilles becasses
Dessus leurs jambes de herons.
Il n’y a donc que de beaux habits chez ces triomphantes Lombardes; le surplus ne vault maille, et les galants n’ont pas trouvé sous l’escaille ce qu’ils espéraient. Ce n’est pas tout: elles sont plus froides que la chair d’agneau à Noël, plus molles que tripes, plus sales que guenilles, en dépit de leurs atours et de leurs parements. En comparaison de ces vilaines débauchées, les dames de Paris ne se marchandent pas; elles ne demandent qu’à montrer ce qu’elles valent, aux ingrats qui les oublient:
S’aulcun avoit esprit spirituel
Tant qu’il fut tel d’adviser leurs abbus,
Il congnoistroit que soubz nostre mantel
N’y a riens, fors que le vray naturel,
Et que tout bel avons tant sus que jus:
Tetins aiguz, membres blancs et charnus;
Puis, ces gros culz, pour l’amoureux affaire,
Si bien troussez qu’il n’y a que refaire.
Si les Lombardes y voulaient consentir, ce serait un nouveau jugement de Pâris, que provoquent les Françaises, qui déclarent nettement que, pour
Juger le cas
Selon le droit,
Mettre fauldroit
Les robes bas;
Puis, sans debatz,
Pour ces esbatz,
Veoir où nature deffauldroit.
Mais les Lombardes, comme on le pense bien, ne se pressent pas d’accepter le défi, et les dames de Paris invitent les Courtisans de France à revenir, sans attendre que la question soit vidée. Elles s’adressent d’un ton suppliant au roi François Ier, qui n’est pas plus empressé que sa noblesse de repasser les monts:
Vous nous tenez
Trop grant rudesse;
Amour nous presse,
Desir oppresse
Nos cueurs, de grant crainte estonnez.
Paris pleure, et Tours a destresse,
Bloys languist, Amboise ne cesse
De crier: «Sire, retournez!»