Depuis qu’on les a inventées,
On voit les femmes effrontées
Et, si elles font renversure,
On les voit jusqu’à la fressure.
La Vertugale, dans sa Réponse à monsieur le C.., n’épargne pas le vilain qui l’avait invectivée: elle lui dit son fait, avec une incroyable liberté, et elle s’étend avec orgueil sur ses propres mérites:
Faicte je suys pour grandes dames
Vertueuses de corps et d’ames,
Faicte je suys pour damoiselles
Qui ont vers leurs marys bons zelles.
Je dis qu’une femme de bien,
Pour avoir meilleur entretien
Et plaire plus fort à son homme,
Me veust porter, voyre dans Rome,
Non pas une femme commune
Qui change ainsi comme la lune...
Bien venue suys en la court,
Pourveu que l’argent ne soit court.
Là tout le monde me salue,
Là je suys la très bien venue!
L’auteur de la Réponse n’admet donc pas que les vertugales puissent être mal portées, et cette mode, dont il attribue l’invention à un homme sage, il la justifie hardiment contre le reproche qu’on lui avait fait de ne plus convenir qu’aux femmes de vie désordonnée. Là-dessus, il remonte à la source de cette calomnie, et il raconte qu’une vertugale, ayant été volée par un citadoux (proxénète), arriva dans un mauvais lieu du Champ-Gaillard, et fut donnée en présent à une fille d’amour, qui osa s’en parer pour aller à la messe et faire la fanfare en pleine rue. Mais cette fille, ne sachant porter cet accoutrement nouveau pour elle, n’eut pas plutôt mis le pied dehors, qu’elle tomba en arrière, et resta une heure et demie dans une position embarrassante,
Et lors monstroit ses gringuenauldes,
Plus dures que les baguenaudes
Qui pendoient de son cul infect.
Les vertugales, du moins, étaient bien innocentes des vilaines choses que leur indiscrétion laissait voir quelquefois, car elles n’avaient été imaginées, disait-on, que pour faire circuler l’air sous les robes et y entretenir une fraîche température, aussi salutaire à la propreté du corps que capable de réprimer les ardeurs des sens. Cette destination des vertugales se trouve à peine indiquée dans ces vers de la Complainte:
Mauldits soient ces beaux inventeurs,
Ces coyons, ces passementeurs
De vertugalles et basquines,
Que portent un tas de musquines
Pour donner air à leur devant!
Les vertugales servaient encore à cacher une grossesse pendant cinq ou six mois et à conserver aux femmes enceintes les apparences d’une taille fine et gracieuse. Il paraîtrait, d’après un passage des Dialogues du langage françois italianisé, que cette mode, qui développait singulièrement la circonférence du ventre et des reins, n’avait pas d’abord pour objet de faire un embonpoint postiche aux femmes qui en manquaient, car, au milieu du seizième siècle, les maigres étaient plus estimées que les grasses. «Les dames vénitiennes, dit le Français qui figure dans les Dialogues, cherchent, par tous moyens, à estre non-seulement en bon poinct, mais grasses (et on me disoit que, pour cest effect, elles usoient fort, entre autres viandes, de noix d’Inde): or, vous savez que les nostres hayent et fuyent cela.» Néanmoins, pour exprimer que tout n’était pas coton et bourre dans les vertugales d’une femme, on faisait son éloge en usant de cet italianisme: C’est une bonne robbe! Mais les messieurs se vantaient d’aimer la chair et non la graisse: ce qui est bien rendu dans cette profession de foi d’un débauché latiniste: Carnarius sum, pinguiarius non sum. Les vertugales furent abandonnées sous le règne de Louis XIII, mais elles devaient reparaître, à de longs intervalles, avec des proportions moins fantastiques, sous les noms de vertugadin, de paniers, de lustucru, de tournure, etc. Au reste, ces vertugales avaient ramené avec elles un ancien usage qui n’intéressait pas moins la propreté que la pudeur: les femmes s’étaient remises à porter des caleçons, pour se garantir du froid et de la poussière, en même temps que de la honte d’une chute. De plus, «ces calçons, dit le Français italianisé des Dialogues d’Henri Estienne, les asseurent aussi contre quelques jeunes gens dissolus, car, venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent toucher aucunement la chair.»
Nous croyons que la mode des caleçons pour les femmes était essentiellement française, car cette mode, déjà introduite à la cour vers la fin du quatorzième siècle, se recommandait par des raisons d’utilité et de décence. Mais la mode des robes ouvertes, décolletées et débraillées, cette mode qui régna si audacieusement pendant tout le seizième siècle, avait été naturalisée en France, avec les mœurs italiennes, sous le règne de François Ier. A cette époque, le peuple appelait dames à la grand’gorge les femmes qui portaient des robes ouvertes sur la poitrine; le peuple n’avait plus alors qu’un vague souvenir des robes à la grand’gore, qui le scandalisèrent tant, lorsque Isabeau de Bavière les mit à la mode. Ce fut évidemment l’Italie qui donna l’exemple de ce nouvel abus des nudités de la gorge. Une facétie, imprimée en 1612, ayant pour titre la Mode qui court et les singularités d’icelle, nous autorise à soutenir cette accusation contre Chouse. C’est ainsi qu’on nommait la France italianisée. «Chouse, dit l’auteur de la Mode qui court, a encore inventé de représenter le teton bondissant et relevé par des engins au dehors, à la veue de qui voudra, pour donner passe-temps aux altérez, et, suivant cela, on dit:
Jeanne, qui fait de son teton parure,
Fait veoir à tous que Jeanne veut pasture.»