Nous formions ainsi une espèce de chaîne, dont Titano était la tête, moi le centre et Nora la queue.

Alors l'ascension commença.

Elle fut plus effrayante que laborieuse. Deux fois mes pieds mal assurés se dérobèrent sous moi; mais Titano, ferme comme un roc, me remit debout. Le marquis broncha aussi une fois et me fit chanceler, Titano nous retint tous les deux.

Nous atteignîmes ainsi le sommet du glacier en quelques minutes, et nous nous trouvâmes sur un petit plateau gazonné et couvert de buissons épais.

—Maintenant du silence! nous dit Titano à voix basse, pendant que nous nous débarrassions de notre corde et de nos chaussures de bois. Je vais aller à la découverte.

Il se mit à plat ventre et nous le vîmes disparaître dans les buissons, sans faire plus de bruit qu'un serpent qui se coule dans l'herbe.

Au bout d'un quart d'heure il revint, et quatre de ses doigts qu'il leva en l'air avec un regard triomphant, nous annoncèrent qu'il avait vu quatre chamois à portée.

Nous nous couchâmes alors comme lui, rampant à l'aide de la main gauche, et tenant notre fusil de la main droite. Il va sans dire que Titano nous guidait; je le suivais immédiatement.

Il s'arrêta, se souleva sur ses deux genoux, écarta avec précaution quelques broussailles, puis il me fit signe de regarder.

Nous étions sur le bord du plateau, et à deux cents pieds environ au-dessous de nous s'ouvrait une petite vallée, au fond de laquelle broutaient paisiblement quatre chamois.