—Nous restâmes, le marquis et moi, pensifs, silencieux et instinctivement tourmentés: il n'y avait cependant pas de quoi, puisque tout était arrangé.

Soudain nous bondîmes sur nos siéges: deux détonations d'armes à feu avaient retenti coup sur coup à peu de distance, et dans l'une de ces détonations nous avions reconnu le grondement formidable du fusil monstre de Titano.

Nous nous élançâmes dans le petit sentier qui conduisait au fond de la vallée: c'était par là que le brigadier avait disparu et que le vieux braconnier venait aussi de disparaître.

Nous n'avions pas fait deux cents pas, que nous rencontrâmes Titano; mais dans quelle situation!

Le pauvre homme était accroupi dans le sentier et soutenait la tête de son bel épagneul, dont le corps se tordait dans les dernières convulsions de l'agonie.

—Qui a commis cette lâche action! m'écriai-je indigné.—Je ne le sais pas, Excellence, me répondit Titano d'une voix brisée par la douleur; mais si vous êtes curieux de le savoir, faites une quarantaine de pas vers votre gauche, et cherchez dans ces buissons de genévriers.—Malheureux! tu as tué un homme! s'écria à son tour le marquis.—On a tiré sur mon chien, et moi j'ai fait feu sur l'homme qui avait tiré.

Nous reprîmes notre course, et en quelques enjambées nous arrivâmes dans les genévriers.

Nos premiers pas se heurtèrent contre un homme étendu, dans une complète immobilité, la face contre terre.

Nous nous hâtâmes de le soulever et de le retourner, et à la clarté de la lune nous reconnûmes le brigadier Volenti.

Une balle lui avait traversé la tête; la mort avait dû être instantanée.