Nous laissâmes retomber le cadavre avec horreur, et plongés dans une profonde consternation, nous nous demandâmes, le marquis et moi, ce que nous devions faire après cette terrible catastrophe.
En vérité, nous ne le savions pas; mais ce qui devait infailliblement arriver ne nous paraissait pas douteux: Titano serait arrêté le lendemain, et alors...
Des pas se firent entendre dans différentes directions, et nous vîmes s'approcher des hommes qui nous entourèrent: c'étaient les subordonnés de Volenti, qui, dispersés de côté et d'autre dans la vallée, s'étaient réunis vers le point d'où les coups de fusil venaient de partir.
Ravina porta la parole le premier, pour dire à ses camarades qu'il savait qui avait fait le coup, que ce n'était pas nous, et qu'en conséquence il ne fallait pas nous inquiéter en raison de ce crime, dont l'auteur serait entre leurs mains dans quelques minutes.
Quatre de ces hommes chargèrent sur leurs épaules le corps du malheureux brigadier, et escortant ce triste convoi, nous nous remîmes en chemin pour regagner la cabane de Titano.
Comme nous allions en franchir le seuil, nous fûmes rejoints par Titano lui-même. Le pauvre homme portait dans ses bras le cadavre de son chien.
—Titano, vous êtes notre prisonnier, lui dit Ravina. Vous serez gardé à vue cette nuit, et demain, dès le point du jour, nous vous conduirons dans la prison de Pignerol. Vous avez tué un homme qui avait promis de vous épargner.—Il n'a pas épargné mon chien, murmura le vieux braconnier d'une voix sombre.
Après avoir prononcé ces paroles, il s'assit par terre devant le feu, posa son chien en travers sur ses genoux, et resta immobile, les deux mains appuyées sur le flanc du bel épagneul.
Le corps du brigadier fut étendu dans un coin de la cabane et recouvert de son manteau; quant aux douaniers, ils se mirent paisiblement à table et achevèrent lentement notre souper; après quoi ils se couchèrent sur le carreau.
Brisés de fatigue et d'émotions, certains en outre que nous ne pourrions, pour le moment, être d'aucune utilité à Titano, nous nous décidâmes, le marquis et moi, à nous coucher aussi, en nous promettant mutuellement que le premier éveillé appellerait l'autre, afin d'être prêts tous les deux avant le jour.