Indigné de se sentir arrêté par cet obstacle qu'il croyait vivant et hostile, il voulut tirer son épée et se mettre en garde, en s'éloignant du mur sur lequel il retombait sans cesse.
—Je t'apprendrai, criait-il, ce que c'est que ma Durandale, et te ferai confesser, le pied sur la gorge, que je suis fils de Roland, du côté de l'épée.—Savereux, mon ami, dit M. de Curson allant à lui et l'empêchant de dégainer, demeurez ici un instant, pendant que je m'enquerrai de la route? Je reviens à vous, dès que j'aurai avisé quelqu'un qui nous serve de guide.—Frère d'armes, embrasse-moi! murmura M. de Savereux.
Il n'eut pas plutôt perdu l'équilibre, qu'il s'affaissa sur lui-même et se coucha le long du mur, en se disposant à dormir jusqu'au lendemain.
—A boire encore, à boire, boire, boire! murmura-t-il en s'endormant.—La peste du buveur! il faudra le porter dans son lit... Je ne puis faire sentinelle à ses côtés toute la nuit... Si quelques bourgeois venaient à propos... Personne! tout le monde dort... excepté les voleurs et le guet... J'entends là-bas des gens qui passent... Le capitaine de Losse, qui me devait ramener à l'hôtel de l'amiral, ne tient guère sa parole.
Yves de Curson voulut rejoindre les personnes qu'il ne voyait pas, mais qu'il entendait dans le lointain.
Il courut de ce côté; mais le bruit des pas et des voix, qui l'avait guidé, cessa complétement, lorsqu'il se fut engagé dans les rues étroites et tortueuses, voisines de l'Arche-Marion.
Il y avait des chandelles aux fenêtres des maisons: ces rues, ordinairement si ténébreuses, étaient mieux éclairées qu'elles ne l'avaient jamais été en plein jour; elles étaient aussi plus désertes et plus silencieuses que jamais.
Par intervalles, une porte s'ouvrait, et il s'en échappait comme une ombre qui disparaissait sur-le-champ.
M. de Curson appelait et n'obtenait aucune réponse.
Une fois, il distingua une arquebuse sur l'épaule d'un homme qui sortait d'une maison et s'esquivait sans tourner la tête à son appel.