Pardaillan lui en avait dit assez pour le mettre en défiance à l'égard de l'accueil qu'on leur ferait au Louvre cette nuit-là: non pas qu'il ajoutât foi aux étranges déclarations de Pardaillan, accusant le roi et les catholiques de trahison et d'assassinat; il supposa seulement qu'une querelle s'étant élevée entre les gentilshommes huguenots et catholiques, des morts et des blessés étaient restés sur le terrain.
Cependant il s'étonnait, il s'effrayait de la situation de Paris.
Ces cris n'étaient pas des cris de joie; ces coups de feu, des réjouissances publiques; ce tocsin, une sonnerie de fête.
Que se passait-il donc d'extraordinaire, de terrible?
Il ne pouvait s'empêcher de craindre une grande catastrophe.
Pardaillan n'avait pas repris ses sens.
Savereux l'interrogeait en vain, dans l'espoir d'obtenir des renseignements plus explicites, lorsqu'une troupe d'hommes armés et de populace descendit du cloître Saint-Germain-l'Auxerrois vers la Seine, avec des torches, en vociférant.
Savereux ne balance pas à marcher droit à eux, après avoir tiré son épée.
Ce sont des soldats qui traînent par les pieds un corps sans tête, souillé de fange et de sang: un hideux cortége de misérables en haillons s'agite et se presse autour de ces restes méconnaissables que chacun veut contempler et outrager à son tour.
—Au gibet, l'amiral! crient ces forcenés. Allons le pendre à Montfaucon! Il sera mieux fêté au pilori des Halles! Oh! le méchant païen! Mort aux huguenots! Pas de trêve, pas de rémission! Tuons! tuons! Morte la bête, mort le venin! C'est donc là ce grand ennemi de la messe? Brûlons sa charogne hérétique!