C'était la cavalerie que le duc de Guise envoyait, sous la conduite de Maugiron, pour agir contre les huguenots logés au faubourg Saint-Germain-des-Prés, et la garde abbatiale venait se joindre à ces gens d'armes, afin de les seconder dans l'exécution du massacre. Ceux-ci amenaient avec eux le quartenier qui devait leur ouvrir la porte, ceux-là accompagnaient le prévôt de l'Abbaye.

—Qui vive! cria-t-on, en apercevant un homme à cheval qui paraissait garder la porte de Bussy: huguenot ou catholique?—Catholique! répondit Yves de Curson.

Le sire de Maugiron s'était porté le premier en avant pour voir à qui l'on avait affaire.

—Vous avez, de fait, la croix blanche au chapeau et le mouchoir au bras droit? dit Maugiron, reconnaissant le jeune huguenot avec lequel il avait soupé et joué la nuit même chez le capitaine de Losse. M'est avis que vous vous êtes fait catholique depuis peu de temps?—Depuis que je vous vis au jeu, répliqua le jeune homme avec une heureuse présence d'esprit; depuis que je perdis contre vous vingt-cinq mille écus d'or, que je vous dois encore...—Vingt-cinq mille écus d'or? répéta le sire de Maugiron.

Il comprit qu'on les lui offrait comme rançon, et il n'eut garde de les refuser.

—Vraiment! je me souviens de votre dette et vous sais bon gré de ne l'avoir pas oubliée. Toutefois, je pensais que c'était cinquante mille écus?—Vous avez sans doute meilleure mémoire que moi, messire, et je m'en rapporte à votre opinion; ce sera donc cinquante mille écus d'or.—Par la messe! vous êtes un beau joueur! Mais, je vous prie, quand avisez-vous à me payer cette somme?—Je vous la payerai, sur ma foi, aussitôt que vous prendrez congé de nous, si je puis retourner en Bretagne avec ma mère, ma sœur et mes domestiques.—Où logez-vous? dit à voix basse M. de Maugiron qui s'approcha d'Yves de Curson et lui tendit la main. Je vais vous faire escorte jusqu'à votre logis; j'ordonnerai qu'on en garde la porte: vous y serez renfermé avec vos gens, et j'irai terminer notre marché, dès que je pourrai moi-même vous conduire hors de Paris.

Maugiron retourna vers sa cavalerie qui avait fait halte pendant qu'il allait seul à la rencontre d'Yves de Curson; il annonça tout haut que ce cavalier venait de lui transmettre des ordres de la part du roi.

Le quartenier, escorté de soldats du guet, ouvrit la porte de Bussy, que le prévôt de l'Abbaye ouvrait aussi de son côté.

Les gens d'armes défilèrent, l'épée nue et le pistolet au poing, devant le sire de Curson, sa sœur et leur valet, non sans les regarder avec défiance et menace.

Maugiron, après avoir distribué les postes et les instructions à sa troupe, dont il remit le commandement à son lieutenant, se rapprocha du jeune huguenot qu'il n'avait pas un instant perdu de vue.