C'était Isabeau qui précédait, en rougissant, son fiancé et le secrétaire du duc, honteux de se présenter en costume de voyage devant la princesse.
—Ma très-révérée dame, dit-elle, voici messire de Boulainvilliers et maître Fredet, qui n'ont encore parlé à personne céans.
Philippe de Boulainvilliers était un beau jeune homme, de grande taille, aux traits réguliers et fins, à la physionomie douce et souriante; il portait, par-dessus son armure, une casaque de poil de chèvre, brune, décorée de ses armoiries sur la poitrine, sans manches, et flottant autour des reins; il n'avait pas encore déposé son bassinet ou casque de fer battu, sans ornements, pour mettre sur sa tête un chaperon d'étoffe à huppe et à queue, comme on les portait à cette époque.
Quant à Fredet, c'était un petit homme, dont la figure commune, mais malicieuse et narquoise, dénotait la basse extraction; son esprit naturel avait été l'origine de sa fortune.
Fils d'un mercier ambulant, il était devenu l'élève des moines dans une abbaye de bénédictins, et ses bienfaiteurs, en espoir de gagner à leur ordre un néophyte éminent, l'avaient fait admettre comme boursier dans un collége de Paris. Fredet avait répondu aux espérances des bons pères en faisant de fortes et brillantes études; mais il avait d'ailleurs tourné le dos à la vocation qu'on attendait de lui: au lieu de se faire moine, il s'était fait poëte, et comme tous les poëtes de son temps, il avait vivement attaqué les moines.
Le duc d'Orléans, dans les mains de qui le hasard fit tomber un jour des poésies satiriques de Fredet, voulut absolument le connaître lui-même et se l'attacha en qualité de secrétaire.
Fredet, dans sa nouvelle position, n'avait pourtant pas renoncé à la satire, et sa langue mordante, qui n'épargnait pas même son maître, était redoutée de tous.
Hermine de Lahern était peut-être la seule personne au monde qui eût un empire réel sur ce railleur effronté, qu'elle avait osé une fois provoquer et vaincre avec les mêmes armes: non-seulement Fredet se gardait bien de la blesser par des sarcasmes, mais encore il avait pour elle une admiration et un dévouement qui ne manquaient aucune occasion de se produire à tous les yeux.
Il ne pouvait pourtant se promettre, lui qui n'avait pas d'autre noblesse que celle de l'intelligence, d'épouser une noble damoiselle de Bretagne, et de se faire aimer d'une jeune et charmante fille, lui vieux et infirme. Ce qu'il admirait en elle, c'était un caractère fier et indépendant, c'était une grandeur et une force d'âme devant lesquelles il se sentait affaibli et abaissé, malgré sa verve piquante et hardie qui ne s'était jamais imposé de retenue.
Fredet portait une longue robe de velours noir, bordée de fourrure, avec un chaperon pareillement noir, dont la huppe dentelée s'agitait sur son front, et dont la queue flottante s'attachait sur son épaule gauche; la couleur et l'étoffe de ce costume étaient, ainsi qu'une grosse chaîne d'or à plusieurs rangs, les insignes de sa charge de secrétaire.