Il avait autour de la taille une ceinture de cordouan ou cuir de Cordoue, à laquelle étaient suspendus une escarcelle en forme de portefeuille, et un galimard ou écritoire, dans un étui de corne; ses souliers à demi poulaine, c'est-à-dire allongés en pointe, avaient à peu près deux fois la dimension de son pied et ne ressemblaient pas mal à des patins hollandais. Il était complétement chauve, et il avait la barbe rasée; la malice et la raillerie brillaient dans son regard clignotant et animaient son sourire immobile.

—Qui de vous deux a la lettre du roi? demanda la duchesse d'Orléans.

Elle étendait la main pour la prendre, avant qu'on la lui eût présentée.

—Le roi notre sire m'a chargé de remettre une lettre aux propres mains de monseigneur, répondit Fredet, et je me suis engagé sur serment...—Oui bien, maître, je me ferai un solennel devoir de tenir votre serment en temps et lieu. Çà, donnez-nous cette lettre, et n'en parlez pas à notre seigneur le duc, d'autant qu'il est en pauvre et chétive santé et ne s'occupe point d'affaires en ce moment.—Maître Fredet, dit la demoiselle de Lahern voyant que le secrétaire faisait la grimace et hésitait à obéir, n'auriez-vous pas, tout à l'instant, égaré cette lettre par les montées? J'ai vu tomber sur le degré certain papier fermé de lacs de soie...—Que ne l'avez-vous ramassée aussitôt, ma fille? interrompit la duchesse avec vivacité. Vrai Dieu! si quelqu'un rencontrait cette lettre et s'en allait vitement la rendre à monseigneur! Fredet, courez voir à l'endroit où elle peut être...—Bien volontiers, ma très-excellente dame; mais cette honorable damoiselle me conduira, s'il vous plaît, là où a chu la lettre, une précieuse lettre, par ma foi! Ses yeux viendront au secours des miens pour la retrouver...—Dieu fasse que vous la retrouviez! dit sévèrement la duchesse. Je ne vous pardonnerais jamais une telle négligence; car j'entends que monseigneur ne voie cette lettre qu'après la paix faite avec les Anglais.—Je m'en lave les mains, ma très-haute et puissante dame, et je prie Dieu qu'il inspire vos intentions. Mais si vous attendez la paix pour remettre l'épître du roi à monseigneur, monseigneur aura barbe blanche auparavant, et le roi, notre sire, ne recevra de réponse qu'en son tombeau.

Le secrétaire sortit avec Hermine de Lahern, qui l'entraînait et qui le retint dans un vestibule pour lui expliquer l'usage qu'elle voulait faire de la lettre du roi.

Quant à la duchesse d'Orléans, elle n'eut aucun soupçon sur la véracité de Fredet qui avait accepté le faux-fuyant que lui suggérait la damoiselle de Lahern, au moment où il s'apprêtait à résister en face à une prétention exorbitante de la part de la princesse.

Celle-ci était seulement très-émue de la perte de la lettre, et pendant l'interrogatoire qu'elle fit subir à Philippe de Boulainvilliers, elle tournait les yeux sans cesse vers la porte par laquelle était sorti Fredet avec Hermine de Lahern.

—Eh bien! messire, avez-vous aussi égaré les lettres que vous apportiez à monseigneur? dit-elle avec impatience et dépit.—Dieu soit loué! les voici! reprit le jeune homme.

Il retira de sa casaque un paquet de papiers qu'il avait caché dans son sein.

La duchesse s'en empara si brusquement, qu'il n'eut pas le temps de les défendre ni de protester contre cette violence.