De chaque côté de la galerie, s'élevaient des trophées d'armes offensives et défensives, des mannequins couverts d'armures de différentes époques et de différents pays, des faisceaux de lances, de haches et d'épées, des amas de casques et de boucliers aux formes les plus variées et les plus bizarres.

A l'extrémité de la salle, on avait disposé le puy: c'était une estrade, exhaussée de trois pieds au-dessus du plancher, couverte de nattes en paille et décorée d'un dais ou baldaquin fleurdelisé, sous lequel devait s'asseoir le duc d'Orléans.

Ce prince entra le premier dans la salle, suivi de sa femme et des juges du puy, choisis parmi les dames et les officiers de sa maison.

Il était si faible, que son secrétaire Fredet soutenait sa démarche chancelante; son visage pâle, ses lèvres blêmes et ses yeux éteints témoignaient assez de l'altération de sa santé, qui n'était que le résultat d'une longue diète, d'une triste préoccupation et d'un manque absolu d'air et d'exercice.

Il portait des vêtements noirs, suivant le vœu que sa mère Valentine avait fait pour lui; mais il avait passé autour de son cou plusieurs grosses chaînes avec les insignes des ordres de chevalerie qu'il pouvait opposer à celui de la Toison-d'Or, créé et distribué par le duc de Bourgogne.

Il se traîna jusqu'au fauteuil qui lui était destiné; à ses côtés, se plaça, sur un siége plus bas, la duchesse d'Orléans; derrière eux, les personnes composant le tribunal poétique se rangèrent sur des bancs garnis de tapis armoriés.

Dans la salle, dont les portes s'ouvrirent alors aux invités, une foule compacte de curieux empressés se précipita vers l'étroit espace réservé au public subalterne, tandis que les gentilshommes, donnant la main aux dames et aux damoiselles en habits de gala ou de cérémonie, vinrent processionnellement, en saluant le duc et la duchesse, occuper les places auxquelles ils avaient droit selon leur naissance et leur rang.

Un héraut d'armes, sa baguette blanche à la main, monta les degrés de l'estrade et s'agenouilla devant le duc pour recevoir ses ordres; puis, s'étant relevé, il imposa silence à l'assemblée, en agitant sa baguette.

—Mesdames et messeigneurs, dit-il à haute voix, nous vous faisons assavoir que le prix du meilleur rondel sera une rose de vermeil ornée de deux perles en imitation de gouttes de rosée, signifiant que les dons du ciel ne font pas défaut aux merveilles de la nature. En outre, la meilleure chanson aura pour prix et récompense un beau lis d'argent, sur lequel est posée une mouche d'or et de diamant, signifiant que candeur et innocence sont les trésors de l'âme; finalement, la meilleure ballade sera honorée d'une couronne de fin or, diaprée de rubis et de saphirs, signifiant que les poëtes sont les princes de ce monde terrestre, et que les princes doivent aspirer à égaler les poëtes.

Les instruments à vent et à cordes recommencèrent leurs symphonies, qui ne s'arrêtaient par intervalles que pour laisser entendre la lecture des pièces de vers présentées au concours.