Elle se composait essentiellement des grands officiers et de la famille du prince. Du reste, peu d'affluence des grands. Les seigneurs territoriaux n'y venaient que deux fois l'année aux cours plénières, à Noël et à Pâques. Leurs femmes n'y venaient jamais et n'y avaient point de rang.
Les grands officiers étaient fort éloignés de la souplesse, de l'obséquieux, de la servilité des courtisans modernes. C'étaient de grands vassaux gardant avec soin leur rang et leur caractère, se croyant assez soumis et assez liants pour le monarque, s'ils n'étaient exigeants et pointilleux; ne s'estimant pas inférieurs aux grands seigneurs territoriaux, qui affectaient de vivre en princes dans leurs châteaux, de ne venir à la cour que rarement, et de n'y figurer que de mauvaise grâce[36]. Le palais du prince était le château des fiefs qui constituaient les grands officiers; les grands officiers s'y regardaient, comme chez eux et s'y conduisaient en conséquence. Ils n'étaient pas nombreux. Les princes et princesses du sang, même de la famille royale, avaient un petit nombre d'officiers.
La maison du prince, celles des princesses même, n'admettaient point de femmes dans leur composition. Aucune femme n'avait de rang à la cour. Anne de Bretagne fut la première qui s'entoura de filles d'honneur qu'elle faisait élever sous ses yeux, à son exemple, dans la sagesse, la réserve, la modestie, convenables à leur sexe.
Le roi n'avait point de maison militaire. Des gardes en petit nombre: cent Écossais depuis Charles VII, cent gentilshommes au bec de corbin ou de faucon à dater de Louis XI, cent gentilshommes extraordinaires créés par Charles VIII, composaient toute la garde du roi. Toutes les places et dignités du clergé étaient électives; les places de la magistrature, électives; les troupes régulières étaient peu nombreuses, et le nombre des officiers à la nomination du roi, très borné. Enfin le trésor public n'était point indéfiniment à la disposition du roi[37]: c'était la chambre des comptes qui ordonnançait la distribution des fonds pour les dépenses publiques. Le roi était borné au revenu de son domaine et des droits domaniaux.
En deux mots, avant François Ier les rois avaient une famille, une garde, des domestiques, de grands officiers de la couronne indépendants, puissants même, et point de cour habituelle et permanente, si ce n'est leur maison. La réunion des grands, qu'on appelle la cour, était un évènement passager que signalaient de froides ostentations, de petites rivalités entre des personnes qu'aucune liaison n'intéressait, et qui ne devaient se revoir que rarement. Il n'existait ni esprit de cour, ni mœurs de cour, ni nation de cour, ni patronage de cour, ni clientelle de cour, ni domination de cour.
CHANGEMENTS
OPÉRÉS À LA COUR DE FRANCE SOUS FRANÇOIS Ier.
APERÇU GÉNÉRAL.
François Ier donna une nouvelle organisation à la maison royale et établit un ordre nouveau entre les courtisans. Les changements de la maison et ceux de la cour agirent sans cesse les uns sur les autres: l'attrait et l'ordre de la maison augmentaient le concours des courtisans; l'affluence et l'importance des courtisans amenaient un nouvel accroissement de splendeur et un nouvel ordre dans la maison.
D'abord le roi s'appliqua à faire disparaître les restes des prérogatives attachées aux grands offices de la maison et couronne: il écarta de ces offices toute idée de service public; il n'y souffrit que l'esprit de domesticité. Mais, à l'exemple de Louis XI, il releva le titre des premiers officiers de sa maison par la qualification de grands officiers de France. Il ajouta des officiers nouveaux à tous les services anciens; il doubla, il tripla le nombre de ceux qui en étaient chargés. Il créa des services nouveaux. Il augmenta la maison militaire. Il fit entrer dans les offices des nobles de divers rangs et de diverses origines. Les officiers de la maison qui étaient égaux en honneurs, et dont les uns ne différaient des autres qu'en ce que les premiers entraient en fonctions quand ils étaient présents, et les autres seulement en cas d'absence et comme suppléants des premiers, furent subordonnés les uns aux autres: ces officiers furent placés suivant les extractions. Le commandement devint graduel et descendit d'office en office, depuis le roi jusqu'aux valets de chambre, aux valets de garde-robe, aux écuyers servants et plus bas encore. L'obéissance devint générale, la soumission inévitable, là où régnaient la liberté et l'égalité. Les offices furent divisés en quatre classes: une distinction s'établit entre le service d'honneur et le service seulement noble, entre le service noble et le service anoblissant, entre ce service anoblissant et le service roturier.
Le principal changement qu'éprouva la maison fut le mélange des sexes dans la domesticité d'honneur. Le roi fit entrer dans la maison de la reine des filles et des dames d'honneur en nombre quadruple de celles qu'avait admises près d'elle Anne de Bretagne, femme de Louis XII; il établit des maisons à peu près semblables pour les princesses de sa famille; dans toutes il multiplia excessivement les officiers: ces maisons étaient des annexes de la sienne; il agréait ou rejetait les personnes qui devaient les composer.