QUATRIÈME DÉVELOPPEMENT.

SERVICE DES FEMMES AJOUTÉ À CELUI DES HOMMES DANS LA MAISON ROYALE.

Le plus grand, le plus notable changement de ceux qui furent introduits dans la maison du roi, celui qui entraîna le plus de conséquences, fut la composition de la maison de la reine, de celle de la duchesse d'Angoulême, mère du roi, de celle de Marguerite de Valois sa sœur, et des autres princesses de la maison royale, maisons qui furent annexées à celle du roi. Anne de Bretagne avait introduit un service de femmes et de filles d'honneur dans sa maison; la duchesse d'Angoulême, à son exemple, avait aussi établi un service de femmes près d'elle. Dès avant l'avènement de François au trône, cette complaisante mère avait eu soin de s'entourer d'une multitude de filles jeunes et belles; mais, différente d'Anne de Bretagne, qui élevait son jeune cortége à la vertu, la duchesse d'Angoulême dressait ses élèves à tous les vices propres à séduire et captiver son fils. On peut se faire une idée de leur esprit et de leurs mœurs, par le recueil des contes de la reine de Navarre, intitulé l'Heptameron; on y voit quel était le sujet habituel de leurs entretiens. Pour connaître à fond les mœurs de ces femmes, il suffit de savoir que les maîtresses du roi étaient au premier rang dans la maison de la reine: Françoise de Chateaubriant, la première d'entre elles, était dame d'honneur de sa première femme, madame Claude de France, fille de Louis XII[43]. La duchesse d'Étampes était dame de sa seconde femme, Éléonore d'Autriche, sœur de Charles-Quint: elle donna à laver à ce prince quand il passa en France; honneur qui lui était fort envié par Diane de Poitiers, maîtresse de Henri, fils du roi, après avoir été la sienne.

François Ier quadrupla près de la reine le nombre des femmes que le service d'Anne de Bretagne avait réunies près d'elle: il en remplit les maisons des princesses; il augmenta le nombre des officiers qui en faisaient partie; il étendit à leurs offices les priviléges réservés à ceux de sa maison proprement dite[44]. Les maisons des princesses devinrent la société intime du roi; et l'esprit qui le gouvernait n'émanait pas moins de ces maisons que de celle de la reine.

Les femmes ajoutées au service d'honneur de la reine et des princesses de la maison royale donnèrent un immense accroissement à la cour; elles y portèrent un intérêt nouveau, qui se compliqua avec l'intérêt ancien; elles donnèrent aux courtisans un autre mouvement, une autre direction; elles exaltèrent, concentrèrent l'esprit de courtisan: ce fut un élément nouveau qui fit travailler et fermenter tous les autres. Le roi devint le noble sujet des dames; et dès lors il fallut que la cour, comme le roi lui-même, prît un autre aspect et un autre caractère. Nous reviendrons, et longuement peut-être, sur cet aperçu.

L'établissement des femmes à la cour rappelle ici un grand officier que nous avons indiqué dans la nomenclature de ceux qui ont composé la maison de François Ier; c'est le grand-aumônier du roi, Antoine Sanguin; il était oncle de la duchesse d'Étampes, sa maîtresse. Le roi le fit grand-aumônier de France[45], au lieu de grand-aumônier du roi; il le fit cardinal de Meudon, et sembla vouloir couvrir de l'autorité d'un prince de l'église, l'incontinence et l'adultère, seuls principes auxquels le prélat devait son élévation aux dignités.

CINQUIÈME DÉVELOPPEMENT.

CHANGEMENTS DANS L'ORGANISATION DE LA MAISON.

Nous venons de voir, 1o les éliminations d'anciens offices faites par François Ier; 2o les anciens offices qui entrèrent dans la composition de sa maison; 3o les nouveaux offices qu'il y ajouta; 4o les nouvelles maisons qu'il annexa à la sienne, et les nouveaux éléments qu'il fit entrer dans la composition de ces maisons. Voyons maintenant quelques détails d'organisation.

Nous avons indiqué un changement qui mérite d'être observé avec attention, parcequ'il eut de grandes conséquences; le voici. D'abord sous le règne de François Ier s'établirent des différences de considération très marquées entre les services dont les grands s'étaient jusque là également honorés; ces services étaient tous indépendants les uns des autres; les seconds dans chaque service étant suppléants des premiers, et non leur subordonnés. Mais sous François Ier des infériorités d'extraction s'adaptèrent aux infériorités de places; alors les services se distinguèrent en supérieurs et en inférieurs, et bientôt en chefs et en subordonnés. En second lieu, entre les services jusque là attribués aux gentilshommes exclusivement, une partie fut déclarée incompatible avec la noblesse et délaissée à la roture, ce qui marqua dans la maison du roi une distinction entre le service d'honneur et le service ordinaire.