C’est faire une grimace en montrant la langue.
«L’abbé de Canaye avait fait une petite satire bien amère et bien gaie des petits dialogues de son ami Rémond de Saint-Marc. Celui-ci, qui ignorait que l’abbé fût l’auteur de la satire, se plaignait, en sa présence, de cette malice à une de leurs communes amies, Mme Geoffrin. Pendant ce temps, l’ami, placé derrière lui et en face de la dame, s’avouait auteur de la satire et se moquait de son ami en tirant la langue. Les uns disaient que ce procédé de l’abbé était malhonnête, d’autres n’y voyaient qu’une espiéglerie. Cette question de morale fut portée au tribunal de l’érudit abbé Fénel, dont on ne put jamais obtenir d’autre décision, sinon que c’était un usage chez les anciens Gaulois de tirer la langue.» (Diderot.)
Cet usage est constaté par un fait historique. Le Gaulois tué par Manlius Torquatus fut représenté tirant la langue, et Marius fit ciseler sur son bouclier cette image, qui était devenue populaire à Rome.
C’est une langue de la Pentecôte.
Une langue qui n’épargne personne. C’est comme si l’on disait une langue de feu. L’allusion n’a pas besoin d’être expliquée; car personne ne peut ignorer que le Saint-Esprit descendit en langues de feu sur les disciples de Jésus-Christ, le jour de la Pentecôte.—On dit aussi d’un homme qui exprime sa façon de penser avec une rude franchise, qui ne garde pas de ménagement pour les opinions des autres, et qui trouve toute vérité bonne à dire: C’est un échappé de la Pentecôte. Autre allusion, aussi claire que la précédente, à la conduite des Apôtres qui, après avoir reçu le Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, allèrent en tous lieux pour y prêcher l’Évangile, opposé aux idées reçues alors, sans être arrêtés par la crainte des persécutions.
LANGUEYER.—Pour savoir le secret d’un maître, il faut langueyer les valets.
C’est-à-dire, il faut faire parler les valets, parce qu’il est difficile qu’un maître ait quelque chose de caché pour ses valets. Quand les croisés voulurent élire le premier roi de Jérusalem, ils langueyèrent les valets de chaque prétendant, et, après cette enquête, ils nommèrent Godefroy de Bouillon que le témoignage de ses serviteurs leur fit regarder comme le plus digne de la couronne.—Le verbe langueyer n’est plus usité que dans ce proverbe, et c’est dommage, car il faut recourir à une périphrase pour en exprimer la signification.
LANTERNE.—Prendre des vessies pour des lanternes.
Les Italiens disent: Prendere lucciole per lanterne. Prendre les vers luisants pour des lanternes.