Martial a fait une épigramme, qui est la 62e de son XIVe livre et est intitulée: Lanterna ex vesicâ, la lanterne de vessie. Il y fait parler ainsi cette lanterne:

Cornea si non sum, numquid sum fuscior? aut me
Vesicam contra qui venit esse putat?

Pour n’être pas de corne en suis-je moins brillante? Et celui qui vient vers moi me prend-il pour une vessie?

Si le proverbe ne vient pas de là, j’avoue que j’ignore absolument sa route. Cependant prendre des vessies pour des lanternes, c’est se tromper lourdement, d’après le sens du proverbe; tandis que, d’après le sens de l’épigramme, il y aurait erreur de ne pas prendre la vessie pour une lanterne.

Ce proverbe a fourni au marquis de Bièvre un de ses plus jolis calembourgs. Un jour qu’on parlait dans une société du chirurgien Daran, inventeur des sondes en gomme élastique dites bougies, qu’on introduit dans le canal de l’urètre, une dame lui demanda: Quel est donc ce Daran dont il est si souvent question?—Madame, répond-il, c’est un homme qui prend des vessies pour des lanternes.

LARIGOT.Boire à tire larigot.

Boire excessivement et à longs traits.—Quelques étymologistes, entre autres l’abbé Morellet, font venir larigot de λάρυγγος, génitif d’un mot grec qui signifie larynx, et ils disent que boire à tire larigot signifie proprement boire de manière à tirer, à distendre le larynx ou le gosier. J’aime mieux l’étymologie imaginée par Rabelais, qui raconte que cette expression naquit parmi les soldats de Clovis, après la victoire que ce monarque remporta à Vouillé sur Alaric II. Les Francs, pour se réjouir de la défaite et de la mort du prince ennemi, buvaient, dit-il, en s’écriant: Je bé à ti, ré Alaric Goth (Je bois à toi, roi Alaric Goth). Cette étymologie est au moins amusante.

En voici une autre, qu’on regarde généralement comme vraie. Il y avait autrefois à Rouen une grosse cloche appelée la Rigault, du nom de l’archevêque Odo Rigault, qui la fit faire à ses frais, et la baptisa lui-même en 1282. Elle avait un son argentin et tellement agréable que le prélat ne pouvait se lasser de l’entendre. Pour se procurer souvent ce plaisir, il payait généreusement les sonneurs, et ceux-ci dépensaient l’argent au cabaret, où ils buvaient copieusement, soit pour prendre des forces afin de mieux sonner, soit pour se délasser de la fatigue qu’ils avaient eue à sonner, et ils appelaient cela boire en tire la Rigault ou à tire la Rigault.

On trouve souvent le mot Larigot employé pour désigner un fifre, une flûte, chez nos vieux auteurs, notamment chez Ronsard, qui a dit dans son églogue intitulée les Pasteurs: