MOUTON.—Revenir à ses moutons.
Reprendre un discours qui avait été quitté ou interrompu, revenir à son sujet.
Cette expression est prise de la farce de Patelin, dans laquelle M. Guillaume, marchand drapier, plaidant contre le berger Agnelet, qui lui a dérobé des moutons, s’interrompt fréquemment pour parler d’une pièce de drap que lui a volée Patelin, avocat de sa partie adverse. Le juge qui ne comprend rien à cette digression embrouillée, l’avertit, à plusieurs reprises, de ne pas s’écarter de sa cause, en lui disant: Sus, retournons à nos moutons.
Martial (liv. VI, épig. 19) a employé une expression très analogue à la nôtre: Jam dic, Posthume, de tribus capellis. Posthume, parle enfin des trois chèvres.
MULE.—Ferrer la mule.
C’est acheter une chose pour quelqu’un et la lui compter plus cher qu’elle n’a coûté; c’est enfler les mémoires de dépense.
Quelques auteurs font remonter l’origine de cette expression jusqu’au règne de Vespasien. Cet empereur, voyageant un jour en litière, fut obligé de s’arrêter pour faire ferrer ses mules, sur la demande de son cocher; mais ayant soupçonné que cette demande n’avait été faite que pour ménager une audience à un solliciteur, il voulut savoir ce que le cocher avait gagné à faire ferrer, quanti calceasset, et il se fit donner la moitié du bénéfice (Suétone, Vie de Vespasien, ch. 23). D’autres auteurs disent que l’expression ferrer la mule est venue de ce que, dans le temps où les magistrats allaient au palais, montés sur des mules, les laquais qui gardaient les bêtes, pendant l’audience, buvaient ou jouaient pour se désennuyer, et puis cherchaient à s’indemniser de leur dépense ou de leur perte, en fesant payer quelquefois à leurs maîtres des frais supposés pour le ferrement des mules.
MULET.—Garder le mulet.
Cette expression fut introduite dans le temps où les magistrats, les médecins, et autres graves personnages, montaient sur des mules ou des mulets pour aller à leurs affaires. Elle signifie, attendre avec ennui, avec impatience, comme fesaient les valets qui gardaient ces mules ou ces mulets dans la rue, lorsque les maîtres étaient entrés dans quelque maison.