Le temps, qui flétrit tout, embellit l'amitié.

Il fait plus que l'embellir, il la consacre. «Est aliquid sacri in antiquis necessitudinibus. (Cicéron.) Il y a quelque chose de sacré dans les vieilles amitiés.» (Voyez sur ce mot de necessitudinibus, nécessités, employé pour amitiés, le proverbe: [On ne peut vivre sans amis], dans le commentaire duquel il est expliqué.)

Les Italiens disent: «Vecchio amico, cosa sempre nuova. Vieil ami, chose toujours nouvelle.»

Les Orientaux ont ce proverbe: L'amitié est un plaisir qui ne fait que s'accroître à mesure qu'on vieillit.

Les petits présents entretiennent l'amitié.

Ce n'est pas sans raison que le proverbe dit les petits présents, car les présents doivent être réciproques, et, lorsqu'ils sont trop considérables pour qu'on puisse en rendre l'équivalent, ils blessent plus la vanité qu'ils n'excitent la reconnaissance; ils font naître une sorte de haine, au lieu d'entretenir l'amitié. Suivant une remarque de Q. Cicéron, celui qui ne croit pas pouvoir s'acquitter envers quelqu'un ne saurait être son ami. Qui se non putat satisfacere amicus esse nullo modo potest. (De Petitione consulatus, IX.)

Ce que Tacite a redit de cette manière plus énergique: «Beneficia quousque læta sunt, dum videntur exsolvi posse; ubi multum antevenire, pro gratia odium redditur. (Annal., IV, 18.) Les bienfaits sont agréables tant qu'on croit pouvoir les acquitter; dès qu'ils excèdent la reconnaissance, celle-ci se change en haine.»

Les Celtes avaient cette maxime analogue à notre proverbe: «Que les amis se réjouissent réciproquement par des présents d'armes et d'habits: ceux qui donnent et qui reçoivent restent longtemps amis, et ils font souvent des festins ensemble.» On lit dans le Hava-mal des Scandinaves: «Si tu as un ami auquel tu te confies, il faut mêler vos pensées, échanger des présents, et aller souvent le trouver.»

La table est l'entremetteuse de l'amitié.

On dit aussi: La table fait les amis, parce que les épanchements auxquels on se livre en mangeant ensemble établissent des rapports d'une intimité bienveillante, qui dissipent les préventions haineuses et donnent naissance à l'amitié, ou en resserrent plus étroitement les doux liens. Minos et Lycurgue avaient reconnu cette vérité lorsqu'ils fondèrent des repas de confraternité, et Aristée regardait comme contraire à la sociabilité la coutume des Égyptiens, qui mangeaient séparément sans avoir jamais de festins communs.