Ce proverbe se retrouve dans ces vers de Properce:

Omnes humanos sanat medicina dolores,

Solus amor morbi non amat artificem.

(II, Eleg. I.)

«La médecine guérit toutes les douleurs humaines; l'amour seul ne veut pas de guérisseur.»

Le cœur de l'homme étant fait pour sentir, et ne trouvant sa véritable vie que dans l'exercice de la sensibilité, doit nécessairement préférer une agitation, même douloureuse, à un repos apathique, surtout quand cette agitation est produite en lui par l'amour, c'est-à-dire par la passion la plus conforme à sa nature. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'il veuille rester attaché aux tourments que cette passion lui cause, et qu'il les regrette dès qu'il en est affranchi. On connaît le mot de cette femme dont l'âme était tombée de la fièvre des émotions dans le marasme des langueurs: «Oh! le bon temps où j'étais malheureuse!» Ce mot si vrai est celui de tout amant qui est dans la même situation. La tranquillité retrouvée lui est importune; il soupire après les peines dont elle le prive; il regarde ces peines comme ses plus doux plaisirs.

C'est ce sentiment qui inspirait à Étienne de la Boétie les vers suivants, qui terminent son vingt-septième sonnet:

Vive le mal, ô dieux, qui me dévore!

Vive à jamais mon tourment rigoureux!

O bienheureux, et bienheureux encore