On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:
Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat.
La femme qui pleure dresse des embûches au moyen de ses larmes.
Les Italiens disent: Due sorte di lagrime negli occhi delle donne, una di dolore, altra d'inghanni. Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, l'une de douleur et l'autre de tromperie. Ils disent encore: Le donne sono simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e presso lo divorano. Les femmes sont semblables au crocodile: pour prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles le dévorent.
Caresses de femme, caresses de chatte.
La chatte est un animal égoïste et perfide. Elle ne nous caresse pas, elle se caresse à nous, suivant l'expression de Rivarol, et dans ce manége, qui n'a que de douces apparences, elle nous fait sentir ses griffes acérées, sorties tout à coup du velours qui les recouvre. S'il fallait en croire le proverbe, la femme, à qui l'on suppose une nature féline, agirait de même, dans des vues personnelles et artificieuses. Elle ne chercherait auprès de l'homme que son propre intérêt et son propre plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries que pour déguiser les trahisons qu'elle médite contre lui. Cette accusation, qu'on prétend justifier par quelques faits particuliers, est généralement fausse et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante des Grecs rapportée par Stobée: «Rien n'est plus dangereux qu'une femme lorsqu'elle emploie les caresses.»
De telles incriminations sont détruites par leur exagération même. Il faut être sans cœur pour redouter un guet-apens dans les témoignages d'amour qu'on reçoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanées aux mains satinées qu'elle tend à nos baisers.
La femme sait un art avant le diable.
Il faut que cet art soit de notoriété publique pour que son nom ait pu être supprimé dans le texte proverbial sans donner à personne l'embarras de le deviner. Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? La glose dit que la femme la plus innocente est plus habile pour tromper que le diable le plus malin.
Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire que le texte, et s'il n'y a pas beaucoup à rabattre de cette opinion, si accréditée parmi les hommes, que la femme est un être pétri de ruse, de fausseté et de malice, qui met tout son esprit à ne pas se laisser deviner, pour mieux assurer le succès de ses artifices, et dont on ne doit attendre que d'amères déceptions. Je me borne à rapporter l'accusation publique formulée par le proverbe, sans prétendre la juger, et je laisse au beau sexe le soin d'y répondre, ce qu'il ne manquera pas de faire; car jamais femme, dit-on, n'a gâté sa cause par son silence.