Conter fleurettes.

Cette expression, qui signifie tenir des propos galants, est venue, suivant la remarque de Le Noble, de ce qu'il y avait en France, sous Charles VI, des pièces de monnaie marquées de petites fleurs et nommées, pour cette raison, florettes ou fleurettes, de même qu'on nomme encore florins une monnaie d'or ou d'argent qui portait primitivement l'empreinte d'une fleur. Ainsi conter fleurettes aurait d'abord signifié compter de l'argent aux belles pour les séduire, ce qui est bien souvent le moyen le plus persuasif.

Ceux qui rejettent cette origine allèguent la différence qu'il y a entre conter et compter; mais ce n'est point là une raison valable, puisque ces deux verbes étaient autrefois confondus sous le rapport de l'orthographe, ainsi que l'attestent des milliers d'exemplaires, où conter est mis pour compter. Cependant je n'adopte point l'opinion de Le Noble: je crois qu'il est plus naturel d'entendre par fleurettes les fleurs du langage. Les Grecs disaient: ῥόδα εἴρειν, et les Latins de même, rosas loqui (parler roses). On trouve dans quelques recueils français du quinzième siècle, dire florettes[14], et il existe un vieux livre intitulé «Les Fleurs de bien dire, recueillies aux cabinets des plus rares esprits de ce temps, pour exprimer les passions amoureuses de l'un et de l'autre sexe, avec un amas des plus beaux traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire.» Paris, 1598, chez Guillemot.

[14] On trouve aussi écrire florettes, expression qui signifie particulièrement écrire en chiffre de fleurs.

Voyager dans le pays de Tendre.

Se dit d'une personne dont les propos et la conduite annoncent un penchant décidé pour l'amour.

Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant de la reine Élisabeth d'Angleterre, qui, comme on sait, joignit aux qualités d'un grand roi la coquetterie d'une femme. «Élisabeth, dit-il, faisait peut-être quelques pas dans le pays de Tendre, mais assurément elle se gardait bien d'aller jusqu'au bout.»

On emploie aussi dans le même sens l'expression voguer ou naviguer sur le fleuve de Tendre, qu'on trouve dans ces vers de la dixième satire de Boileau:

Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre

Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre.