Cette expression proverbiale, qui signifie boire copieusement, se trouve dans le cinquième chapitre de Gargantua. Un commentateur croit qu'elle a dû son origine à un mauvais jeu de mots sur sponsus et spongia (éponge), ce qui est tant soit peu ridicule. Fleury de Bellingen la fait venir des noces de Cana, où la provision de vin fut épuisée; sur quoi l'abbé Tuet fait la remarque suivante: «Le texte sacré dit bien qu'à ces noces le vin manqua, mais non pas que l'on y but beaucoup, encore moins que l'époux donna l'exemple de l'intempérance. J'aimerais mieux tirer le proverbe des amants de Pénélope, qui passaient le temps à boire, à causer, etc. Horace appelle sponsos Penelopes les personnes livrées à la débauche.»
Aucune de ces explications ne me paraît admissible. En voici une nouvelle que je propose, et dont la vérité me paraît incontestable. Autrefois, en France, on était dans l'usage de boire le vin des fiançailles. Dans cette circonstance, le fiancé devait souvent vider son verre pour faire raison aux convives qui lui portaient des brindes ou des santés, et de là vient qu'on dit: Boire tanquam sponsus, ou boire comme un fiancé.
Don Martène cite un missel de Paris du quinzième siècle, où il est dit en latin: «Quand les époux, au sortir de la messe, arrivent à la porte de leur maison, ils y trouvent le pain et le vin. Le prêtre bénit le pain et le présente à l'époux ainsi qu'à l'épouse, pour qu'ils y mordent. Le prêtre bénit aussi le vin, et leur en donne à boire; ensuite il les introduit lui-même dans la domicile conjugal.»
Aujourd'hui encore, dans plusieurs localités, on offre aux époux qui reviennent de l'église une soupière de vin chaud et sucré.
En Angleterre, on faisait boire autrefois aux nouveaux mariés du vin sucré dans des coupes qu'on gardait à la sacristie parmi les vases sacrés, et on leur donnait à manger des oublies ou des gaufres qu'ils trempaient dans ce vin. De vieux missels attestent cette coutume, qui fut observée aux noces de la reine Marie et de Philippe II, roi d'Espagne. Shakespeare y a fait allusion dans sa comédie intitulée la Méchante Femme mise à la raison, où il est dit de Pétruchio épousant Catherine: «Il a avalé des rasades de vin muscat, et il en a jeté les rôties à la face du sacristain.» (Acte III, sc. II.)
Selden (De Uxore hebraica) a signalé parmi les rites de l'Église grecque une semblable coutume, qu'il regarde comme un reste de la confarréation des anciens.
J.-O. Stiernhook (De Jure Suevorum et Gothorum vetusto, p. 163, édit. de 1672) rapporte une scène charmante qui avait lieu aux fiançailles, chez les Suèves et les Goths. «Le fiancé, entrant dans la maison où devait se faire la cérémonie, prenait la coupe dite maritale, et, après avoir écouté quelques paroles du paranymphe sur son changement de vie, il vidait cette coupe, en témoignage de constance, de force et de protection, à la santé de sa fiancée, à qui il promettait ensuite la morgennatique (morgennaticam[16]), c'est-à-dire une dot pour prix de la virginité. La fiancée témoignait sa reconnaissance, puis elle se retirait pour quelques instants, et, ayant déposé son voile, elle reparaissait sous le costume de l'épouse, effleurait de ses lèvres la coupe qui lui était présentée, et jurait amour, fidélité, diligence et soumission.»
[16] Ce mot de basse latinité, et le mot français morganatique, viennent de l'Allemand Morgen Gabe (présent du matin), et désignent proprement la dot que la mariée, le lendemain des noces, recevait du mari, comme dit Stiernhook, pour prix de sa virginité. De là vient aussi le nom de mariage morganatique ou à la morganatique, qu'on donne à l'union contractée entre un prince et une femme d'un rang inférieur, entre un noble et une roturière, sous cette clause expresse que l'épouse doit avoir en toute propriété les biens qui lui sont assignés par l'époux, sans aucun droit au reste de la fortune et aux titres qu'il possède. Ce mariage, où les enfants sont soumis aux mêmes conditions que la mère, s'appelle encore mariage de la main gauche. Il est particulièrement en usage chez les princes souverains d'Allemagne.
Les idylles de Théocrite et les églogues de Virgile n'offrent pas de tableau plus gracieux.
Deux bons jours à l'homme sur terre:
Quand il prend femme et qu'il l'enterre.