Ce proverbe, littéralement traduit du provençal, a inspiré à Saint-Évremont ces deux vers fameux:
L'hymen avec l'amour a tant d'antipathie
Qu'il n'a que deux bons jours: l'entrée et la sortie.
Les vers et le proverbe sont tout à fait identiques à cette pensée que Stobée attribue à Hipponax, poëte comique grec: «Une femme donne à son mari deux jours de bonheur: celui où il l'épouse, et celui où il l'enterre.»
Les femmes provençales, qui maigrissent dans les soucis du ménage, ont plusieurs proverbes opposés à cette plaisanterie renouvelée des Grecs. En voici deux d'une originalité piquante: «Sé uno marlusso vénië véouso, sérië grasso. Si une merluche devenait veuve, elle serait grasse. Sé uno sardino vénië véouso, sérië grasso coumo un thoun. Si une sardine devenait veuve, elle serait grasse comme un thon.»
C'est pain de noces.
Se dit d'une chose très-agréable dont on se promet ou dont on reçoit un grand plaisir; on prétend que cette façon de parler est venue par altération de paix de noces, baiser qu'on donne aux nouveaux mariés en Languedoc, et qu'on appelle pa de nobis ou novis dans l'idiome de ce pays; mais une telle origine ne me paraît pas admissible. Voici la véritable: dans le mariage par confarréation chez les Romains, les deux époux mangeaient, en signe d'union, un pain ou gâteau fait de la farine du froment nommé far en latin (le froment rouge, à ce qu'on croit généralement). L'usage de ce gâteau s'était conservé dans les noces chrétiennes au moyen âge, et de là vient l'expression pain de noces. Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l'un pour l'autre des procédés galants et tendres: Ils font durer le pain de noces.
Le pain de noces coûte cher à qui le mange.
Les Espagnols disent: «Pan de boda, carne de buitrera. Pain de noces, chair de piége à vautour.» Cette métaphore proverbiale est d'une effrayante énergie. En transformant le mariage en une sorte de guet-apens où ceux qui se laissent prendre sont assimilés aux vautours, elle met pour ainsi dire sous les yeux, par cette image terrible, toute la fureur de la guerre intestine qu'ils auront à soutenir. Elle a été évidemment inspirée par le génie de la haine contre le joug conjugal.
Noces de mai, noces mortelles.