Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant le mois de mai. Ils croyaient que le mariage contracté en ce temps, qui, chez eux, était consacré au culte des tombeaux, devait tourner à mal et entraîner la mort de l'épouse, ainsi que l'attestent ces vers du chant V des Fastes d'Ovide:

Nec viduæ tædis eadem nec virginis apta

Tempora: quæ nupsit non diuturna fuit.

Hac quoque de causa si te proverbia tangunt,

Mense malas maio nubere vulgus ait.

«Ce temps n'est pas favorable pour allumer les flambeaux de l'hymen d'une veuve ni d'une vierge. Celle qui s'est mariée alors a peu vécu, et si les proverbes peuvent être ici de quelque poids, je rappellerai le dicton populaire: Ce sont des malheureuses qui se marient au mois de mai[17].

[17] C'est ainsi que se dit en français ce proverbe dans lequel le mot malheureuses répond mieux que le mot méchantes, employé par tous les traducteurs, au sens qui ressort de tout le passage d'Ovide. L'idée d'infortune est aussi bien impliquée dans le latin malas, que celle de méchanceté, et toutes deux se trouvent dans le français malheureuses.—Il en est de même du mot infelix que Properce a mis pour scelestus dans ce vers de l'élégie 23 du livre II.

Infelix hodie vir mihi rure venit.

«Mon scélérat de mari m'arrive, ce soir, de la campagne.»

Plutarque, dans la quatre-vingt-sixième de ses Demandes des choses romaines, a recherché les causes de cette superstition, et voici ce qu'il en a dit: «Pourquoi les Romains ne se marient pas au mois de mai? Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est consacré à Vénus et l'autre à Junon, déesses qui ont toutes deux la cure et la surintendance des noces, au moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou retardent un peu? ou est-ce parce que, ce mois-là, ils font la cérémonie de la plus grande purgation?… En ce temps-là, la prêtresse de Junon, ou la Flaminea, vit toujours triste, comme en deuil, sans se laver ni se parer. Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins font oblation aux trépassés en ce mois? et c'est pourquoi ils adorent Mercure, en ce même mois, joint qu'il porte le nom de Maia, mère de Mercure.» (Trad. d'Amyot.)