La décence voulait qu'une femme veuve ne se remariât point. C'est ce que fit Cornélie, mère des Gracques. Plutarque nous apprend que, recherchée en mariage par le roi Ptolémée, elle préféra le titre de veuve au titre de reine.

Tertullien appelait les secondes noces adultera speciosa, «des adultères déguisés.» Les pères de l'Église les qualifiaient à peu près de même, et dans le moyen âge on inventa le charivari pour les bafouer.

Les Italiens ont ce proverbe: «La prima donna è matrimonio, la seconda è compagnia, la terza è heresia. La première épouse est mariage, la seconde est compagnie, et la troisième est hérésie.»

Il ne s'est jamais trouvé à pareilles noces.

Il n'a jamais éprouvé un pareil traitement. Si je rapporte ici cette locution, c'est qu'elle est fondée sur un usage bon à connaître, pratiqué jadis en Poitou, après les repas d'épousailles. Les convives, en sortant de table, n'avaient rien de plus pressé que de mettre leurs mitaines et de se donner les uns aux autres des coups de poing qui faisaient plus de bruit que de mal. C'était un exercice mnémonique institué par la joie pour rendre plus durable le souvenir de la fête dont on venait de jouir. Mais il dégénéra dans la suite au point de rappeler le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoüs, rixa debellata super mero: ce qui en nécessita l'abolition. Rabelais n'a pas oublié cette singulière coutume dans la description qu'il a faite des noces du seigneur de Basché (liv. IV, ch. XIV). «Pendant qu'on apportoit vin et espices, coupz de poing commencearent trotter. Chicquanous en donna nombre au prestre Oudart. Soubz son suppeliz avoit Oudart son guantelet caché, il s'en chausse comme d'une mitaine, et de daulber Chicquanous, et de drapper Chicquanous; et coupz de jeunes guanteletz de tous coustez pleuvoir sur Chicquanous. Des nopces, disoyent-ilz, des nopces, des nopces: vous en soubvienne. Il feut si bien accoustré que le sang lui sortoit par la bouche, par le nez, par les aureilles, par les œilz. Au demourant courbatu, espaultré et froissé, teste, nucque, dours (dos), poictrine, bras, et tout. Croyez qu'en Avignon, on (en) temps de carnaval, les bacheliers oncques ne jouarent à la raphe (ou rafle, jeu de mains) plus melodieusement que feut joué sur Chicquanous.»

Notons que l'usage décrit par Rabelais existait du temps de Villon, qui en a parlé dans la double ballade du Grand Testament, stance V.

Aujourd'hui marié, demain marri.

Ou bien: Aujourd'hui mari, demain marri; c'est-à-dire: aujourd'hui dans la joie du mariage, et demain dans le regret. Marri est un vieux mot dérivé du latin barbare marritio, que Vossius explique par chagrin, ressentiment d'un malheur éprouvé, d'une offense reçue. Ce jeu de mots proverbial a des analogues dans les langues étrangères. Les Espagnols disent: «Casar y mal dia, todo en un dia. Mariage et malheur, tout en un jour,» et les Turcs: Avant le mariage tu criais io, et après tu cries iahu. Ces deux interjections sont usitées chez eux, la première pour marquer la joie, et la seconde pour marquer la douleur.

Il sera marié cette année.

Ce dicton s'applique par plaisanterie à une personne qui jette au plancher certaines choses qui s'y attachent. Il fait allusion à une pratique superstitieuse usitée à Rome parmi les amoureux, et rappelée par Horace dans la troisième satire du livre II. Ils lançaient avec le pouce et l'index des pépins de pomme au plafond, persuadés que, s'ils l'atteignaient, les vœux que leur cœur avait formés seraient accomplis. Cela se faisait aussi au moyen âge, et le succès du jet était regardé comme un oracle du ciel. Il existe encore aujourd'hui une foule de superstitions analogues chez la plupart des peuples beaucoup plus enclins à consulter le sort que la raison. Les Chinois, pour connaître ce qu'ils ont à espérer ou à craindre dans les choses qui les intéressent, jettent en l'air une poignée de petits bâtons, et la manière dont ces bâtons s'arrangent en tombant est pour eux un présage heureux ou funeste.