Les anciens mauvais sujets font souvent les meilleurs maris.
Quelle peut être la cause de leur changement? Serait-ce qu'un sentiment vrai, qu'ils n'avaient pas éprouvé jusqu'alors, viendrait les saisir, et que le mariage, qui refroidit tant de cœurs, agirait sur le leur en sens inverse? ou bien se feraient-ils un point d'honneur d'effacer par une conduite exemplaire les désordres de leur vie passée? Du reste, quel que soit le motif qui les détermine, on ne saurait nier qu'ils deviennent assez souvent des maris indulgents, soigneux et fidèles. Il semble qu'après avoir épuisé tous les vices d'une jeunesse galante et dissipée, ils veuillent en donner la contre-partie dans leur âge mûr, et se signaler par la pratique des vertus domestiques. On peut les comparer à ces vins généreux dont les meilleurs sont ceux qui ont beaucoup fermenté.
Malgré cela, je ne conseillerai jamais à une mère qui désire le bonheur de sa fille de la donner en mariage à un ancien mauvais sujet.
Tous les maris contents danseraient sur le dos d'une assiette.
Et sans doute aussi toutes les épouses contentes, car il n'est point de raison qui nécessite pour elles une plus grande salle de bal. Cette hyperbole proverbiale a son analogue chez les Languedociens, qui disent: «Toutés lous maris që sou countens dansarien su lou cuou d'un veirë. Tous les maris qui sont contents danseraient sur le cul d'un verre.»
Tous les maris ont besoin d'aller à Saint-Raboni.
Dicton à l'usage des femmes qui trouvent que les maris n'ont jamais pour elles assez de bonté.
Saint Raboni, à qui l'on attribue une vertu analogue au nom qu'il porte, c'est-à-dire la vertu de rabonnir le caractère marital, a été jadis l'objet d'un culte fervent, quoiqu'il ne soit au paradis qu'un véritable intrus, car il n'y figure que par un titre d'invention populaire que la légende authentique ne reconnaît point. Mais n'importe; il n'en est pas moins devenu le protecteur des épouses malheureuses, et c'est un article de foi qu'il peut à son gré adoucir le naturel barbare de leurs tyrans domestiques ou les faire mourir au bout de l'année. On sait l'histoire plaisante de celle qui s'était bornée à le prier d'amender le sien, n'osant laisser aller son vœu plus loin. Comme elle vit mourir ce mauvais garnement peu de temps après, elle s'écria en pleurant… de joie: «Oh! le bon saint! le bon saint! il accorde plus qu'on ne lui demande.»
Ce dicton, dont l'application, par une singularité notable, devient de plus en plus rare, en raison inverse du fait de plus en plus multiplié qui le réclame, a été rappelé dans une phrase du petit livre intitulé les Écosseuses, ou Œufs de Pâques, publié à Troyes, chez la veuve Oudot, en 1744. Voici cette phrase curieuse: «J'espère bien que mon drôle ira à Saint-Rabony; qu'il ne donnera plus tant dans l'eau-de-vie et dans la créature, et qu'il aura un peu plus de sacristie, etc.»
Les boiteux sont de bons maris.