Ou, comme on dit plus ordinairement, de bons mâles. C'est ce que répondirent les Amazones aux Scythes, qui les engageaient à former avec eux des liaisons matrimoniales, ajoutant qu'ils valaient beaucoup mieux que les maris boiteux ou estropiés qu'elles prenaient, car ces femmes guerrières, ayant usurpé le gouvernement sur les hommes et tenant à le conserver, ne voulaient plus avoir dans leur pays que des hommes plus faibles qu'elles, et incapables de leur résister. En conséquence elles tordaient les jambes aux garçons qu'elles mettaient au jour, les habituaient à se soumettre aux filles, les mariaient avec elles, et ne leur imposaient d'autre service que celui du lit conjugal, service dont ils s'acquittaient fort bien du reste, comme le prouve cette réponse passée en proverbe chez les Grecs et chez les Latins.
Cependant leur célébrité en ce genre n'était pas fondée seulement sur le fait cité, qui n'est après tout qu'une nouvelle forme de la tradition mythologique d'après laquelle le boiteux Vulcain devint l'époux de Vénus parce que les boiteux ont toujours été considérés, depuis les temps primitifs, comme éminemment propres aux exploits amoureux. Elle est fondée aussi sur des raisons physiques expliquées par Aristote dans le vingt-sixième de ses problèmes, section X. Érasme a reproduit ces raisons en commentant le proverbe claudus optime virum agit, et Montaigne les a rappelées en son livre III, au chapitre XI, intitulé des Boiteux, où il cite un proverbe italien qui attribue la même propriété aux boiteuses, et les déclare préférables sous ce rapport à toutes les autres femmes. Voyez les auteurs indiqués.
Les maris et les amants voient souvent la lune à gauche.
J'emprunterai encore l'explication de ce dicton, moins quelques lignes, à mes Études sur le langage proverbial.
Les astronomes de l'antiquité ont déterminé la droite et la gauche du monde par la droite et la gauche d'une personne qui a le visage tourné vers le midi. L'orient, dit Pline le naturaliste, est à la gauche du monde.
D'après cela, voir la lune à gauche, c'est, au propre, la voir quand elle est dans son décours, phase où elle montre les cornes, et, au figuré, c'est éprouver certaine infortune dont les cornes sont le symbole. Tel est le sens métaphorique que Mme de Sévigné paraît avoir attaché à cette locution dans la phrase suivante: «Montgobert m'a conté plaisamment les manœuvres de la belle Iris et les jalousies de M. le comte: je crois qu'il verra la lune à gauche avec cette belle.» (Lettre 601 de l'édition de Grouvelle.)
Il n'est pas nécessaire de dire pourquoi il s'agit ici de la gauche, car personne n'ignore que les phénomènes qui se présentent de ce côté ont été presque toujours réputés de mauvais augure. Mais il est à propos d'observer que cette superstition a été, dans les temps les plus reculés, le fondement de la doctrine astrologique qui attribue au décours de la lune, ou au quatrième quartier de la lune, des influences funestes sur les naissances, et qui a donné lieu à la locution proverbiale: être né à la quatrième lune, que les Grecs et les Latins appliquaient à un homme malheureux et qu'ont employée plusieurs de nos vieux écrivains, entre autres Yver dans la phrase que voici: «Voyant tous ses efforts succéder si à rebours qu'il semblait né à la quatrième lune.» (Le Printemps d'Yver, hist. III).
Érasme n'a pas donné la véritable origine de cette locution en la rapportant aux épreuves et aux malheurs qu'eut à subir Hercule, qui était né à la quatrième lune. Il a pris l'effet pour la cause, car il est certain que la naissance de ce héros fabuleux n'a été placée au quatrième ou dernier quartier de la lune qu'en raison de l'opinion astrologique dont j'ai parlé.
La lune de miel.
On appelle ainsi le premier mois du mariage, où l'on suppose que tout est douceur pour les époux.