Cette expression est prise du proverbe arabe: La première lune après le mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d'absinthe. Ces dernières, Honoré de Balzac, dans sa Physiologie du mariage, les nomme des lunes rousses, et il ajoute qu'elles sont terminées par une révolution qui les change en un croissant.
C'est le cas de s'écrier avec Dante:
O buon principio
A che vil fine convien che tu caschi.
(Parad., cant. XXVII.)
O bon commencement, à quelle ignoble fin faut-il que tu tombes.
Les époux qui s'aiment se disent mille choses sans se parler.
On pense que ce proverbe a besoin d'errata, et qu'il faut y mettre les amants à la place des époux qui s'aiment, attendu qu'il ne saurait être appliqué à ces derniers, disparus entièrement de ce monde depuis de longues années. Mais pourquoi est-il resté en usage dans des conjonctures où il n'avait plus aucune raison d'être; aurait-on eu l'intention de le conserver pour faire croire aux béatitudes conjugales du temps jadis? C'est une opinion qui a ses partisans, mais qui est contredite par une autre, d'après laquelle l'hommage posthume rendu aux époux qui s'aiment aurait été l'œuvre de quelques époux qui ne s'aimaient point; ceux-ci ont voulu, dit-on, faire prendre le change sur l'habitude qu'ils ont de ne se rien dire en s'ennuyant de compagnie, et ils ont cherché à faire accroire les uns aux autres que cette habitude n'était que l'effet d'un recueillement de tendresse; et voilà comment le mutisme de l'ennui est parvenu à passer pour cette disposition tendre et rêveuse qu'on peut nommer avec saint Jérôme: Silentium loquens (un silence parlant); ou avec Montaigne: Un taire parlier.—Si ce n'est vrai, c'est du moins bien trouvé: Se non è vero, è bene trovato.
Une jeune épouse veut être choyée comme la femme d'un prêtre russe.
La religion russe a fait du mariage une condition indispensable du sacerdoce; elle oblige les séminaristes, ordonnés popes ou prêtres, de se marier avant d'exercer leur ministère; et, s'ils deviennent veufs, elle leur défend de se remarier. Il faut alors qu'ils résignent leur cure et qu'ils se retirent dans un couvent où ils achèvent leur triste vie séparés de leurs enfants, abandonnés peut-être à la charité publique: tel est le malheureux sort auquel le veuvage livre ces pauvres desservants des paroisses de campagne. Comme ils savent tout ce qu'ils auraient à souffrir s'ils perdaient leur femme, chacun d'eux veille à la conservation de la sienne avec une attention extrême. Il lui passe toutes ses fantaisies, tous ses caprices, de peur de la rendre malade en la contrariant. Il la distrait de ses ennuis, la console de ses peines, prévient les désirs qu'elle peut former, l'entoure des soins les plus empressés, les plus assidus, les plus affectueux.