La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de ce proverbe que tout ce que disaient les femmes soit paroles d'évangile, car les langues envoyées par l'Esprit-Saint ne descendirent pas sur elles, et celles qu'elles ont n'en sont que des contrefaçons faites par l'esprit malin.

L'abbé Guillon disait, en usant d'une expression tirée d'un proverbe fort connu: «L'enfer est pavé de langues de femmes.»

La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas rouiller.

Proverbe que nous avons reçu des Chinois qui, du reste, ne se bornent pas à une telle plaisanterie sur l'intempérance de la langue féminine, car un de leurs livres classiques met le babil fatigant au nombre des sept causes de divorce que les maris peuvent alléguer pour se débarrasser de leurs femmes.

Les Allemands ont fait une addition grossière à ce proverbe, ils disent: «Die Weiber führen das Schwerd im Maule, darum muss man sie auf die Scheide schlagen. Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est pourquoi il faut frapper sur la gaîne.»

Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils jugent plus efficace pour faire taire les femmes; c'est de leur mettre la bride du silence. Si vous ignorez ce que c'est, le Morning-Herald va vous le dire. On lit, dans un de ses numéros de la fin de mai 1838, que le magistrat de police de Straffort, jugeant une femme dont la loquacité résistait à tous ses avertissements, lui fit appliquer cette bride que le journaliste appelle une machine ingénieuse et décrit ainsi: «Elle consiste en un cercle de fer ceignant la tête d'une oreille à l'autre, et en une plaque transversale du même métal, laquelle descend du front jusqu'à la bouche qu'elle tient close, de manière à empêcher la langue de fonctionner. Cette ingénieuse machine se ferme sur le derrière de la tête.» Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal eût sa bride de silence pour la montrer comme épouvantail et pour en faire usage au besoin.

On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie qui doit régner chez nos voisins d'outre-Manche, et se former une idée des licences que les magistrats se permettent quelquefois sans scrupule en ce pays de liberté.

La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée.

Ce proverbe, hyperbolique à l'excès, est traduit de ce texte latin: Lingua mulierum nequidem excisa silet, qu'ont employé quelques écrivains du moyen âge. Je crois qu'il est d'origine grecque, car il se trouve pour la première fois dans la première épître de saint Grégoire de Nazianze, qui l'a peut-être inventé. L'idée qu'il exprime a beaucoup d'analogie avec une plaisanterie d'Ovide qui raconte que la langue d'une bavarde, arrachée de son palais, s'agitait par terre en parlant toujours. Étrange effet de l'habitude!

La rage du babil est-elle donc si forte