Les bons comptes font les bons amis.
Proverbe dont on fait ordinairement l'application pour s'excuser d'examiner un compte ou un mémoire présenté par un ami. Ce proverbe a une portée plus étendue: il enseigne aux amis par le résultat qu'il exprime combien il leur importe de bien régler les affaires d'intérêt qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui exige d'eux, non-seulement la foi et la justice, sans lesquelles l'amitié ne saurait subsister, mais l'exactitude la plus rigoureuse pour le payement des moindres déboursés occasionnés par les services qu'ils sont dans le cas de se rendre réciproquement. C'est à tort qu'ils dédaignent quelquefois une pareille allocation, car la moindre négligence à cet égard peut inquiéter la discrétion et gêner insensiblement la confiance.
Les Espagnols disent: «Cuento y razon sustentan amistad. Compte et calcul entretiennent l'amitié.»
Les Italiens: «Conti chiari, amici cari. Comptes clairs, amis chers.»
Les Anglais: «Even reckoning makes long friends. Un compte exact fait de longs, ou durables amis.»
Il ne faut pas compter avec ses amis.
Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutôt généreux qu'intéressé avec ses amis, paraît en contradiction avec les deux précédents, mais il ne l'est pas en réalité, car il ne conseille pas la même espèce de générosité dont les autres commandent de s'abstenir. Il parle de celle qu'on doit mettre dans les procédés de sentiment où elle est indispensable, et non de celle qu'il faut éviter dans les affaires d'intérêt, parce qu'elle peut avoir des conséquences fâcheuses. Les préceptes sont différents, mais ils n'ont rien de contradictoire. Loin de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent à un but unique, qui est la conservation de l'amitié.
Les Turcs disent: l'Amitié compte par tonneaux, et le commerce par grains.
L'idée de notre proverbe se trouve dans le passage suivant du Traité de l'amitié par Cicéron: «Borner l'amitié à un rapport mesuré de sentiments et de services, c'est la dépouiller de sa dignité, c'est l'avilir… Exiger une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on reçoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La véritable amitié est plus magnifique, plus généreuse, et n'établit point de comptes rigoureux. Car il ne faut pas craindre de perdre quelque chose ou d'en faire trop pour un ami.» (XVI, 57.)
Entre amis tout doit être commun.