Ce proverbe est fort ancien. Épicure blâmait Pythagore de l'avoir appliqué littéralement, en obligeant ses disciples à mettre en commun tout ce qu'ils possédaient: «Si j'ai un véritable ami, disait-il, ne suis-je pas aussi maître de ses biens que s'il m'en eût fait le dépositaire? Y a-t-il moins de mérite à donner son cœur que ses richesses? Je ne dois pas abuser sans doute de la tendresse de cet ami; ce qu'il possède, je dois le ménager comme ma propre fortune: mais je lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie à un tiers pour nos besoins communs.»

Sénèque, dans son Traité des bienfaits, liv. VII, ch. XII, définit ainsi la communauté entre amis: «La communauté entre amis n'est pas comme entre des associés qui ont leur part distincte; mais comme entre un père et une mère qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun le leur, mais en ont deux chacun.

Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage.

N'ayant personne qui lui porte assez d'intérêt pour l'avertir de ses défauts, pour chercher à l'en corriger, il doit nécessairement les garder et les aggraver de telle sorte qu'en peu de temps ils dégénéreront en vices incompatibles avec la sagesse, à laquelle il serait resté de plus en plus attaché s'il avait eu le bonheur de vivre sous la surveillance salutaire d'un ami.

D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure;

C'est avec mon ami que ma raison s'épure;

Que je cherche la paix, des conseils, un appui;

Je me soutiens, m'éclaire et me calme avec lui.

Dans des piéges trompeurs si ma vertu sommeille,

J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'éveille.