(Ducis, Épître à l'amitié.)
Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage.
Il ne le sera pas même si longtemps que celui qui vit sans amis, parce qu'il sera poussé à l'inconduite par ceux qu'il a mal choisis. Cette maxime proverbiale est prise de Confucius.
Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis.
Dans ce pays-là on ne peut compter sur personne; on est exposé à toutes sortes d'ennuis, de désagréments et de misères; on est réduit à vivre triste et solitaire, dans la privation de toute sympathie, de tout secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort affreux! Comment supporter tant de douleurs dont le poids devient, chaque jour, plus accablant! il faudrait pour cela une grâce spéciale de Dieu. Mais est-il permis d'espérer, quand on met ainsi contre soi tout le monde, qu'on pourra mettre Dieu pour soi? Et cette existence maudite, à laquelle on est condamné, n'est-elle pas une punition infligée par la justice divine? Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a été dur, inhumain envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables sans commisération et sans humanité; c'est parce qu'on a été insociable qu'on est privé des douceurs de la société. «Per quæ peccat quis per hæc et torquetur, dit la Sagesse (XI, 17). On est puni par où l'on a péché.»
Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper sans témoins.
Ce proverbe, fondé sur une vérité d'expérience, signale d'une manière nette et frappante le danger où l'on s'expose quand on a la faiblesse de se laisser influencer par des rapports suspects contre les personnes avec lesquelles on est intimement lié. L'auteur de ces rapports n'est presque toujours qu'un fourbe qui cherche, en brouillant deux amis, à supplanter l'un, afin de pouvoir, en toute liberté, faire sa dupe de l'autre. S'il parvient au gré de ses vues intéressées à capter et à posséder sans partage la confiance de l'imprudent qui l'écoute, il achèvera d'aveugler sa raison à force de flatteries perfides, le conduira de piége en piége par ses menées cauteleuses, et l'abandonnera en se moquant de lui dès qu'il aura consommé sa ruine.
Que les amis soient donc continuellement en garde contre les délations qui tendent à semer entre eux de la défiance et à provoquer une rupture toujours douloureuse et nuisible à leurs vrais intérêts; qu'ils tiennent leurs cœurs dans une si étroite union que le délateur ne puisse y trouver le joint pour les séparer.
Il faut aimer ses amis avec leurs défauts.
Il faut être indulgent pour les défauts de ses amis, car l'indulgence augmente l'amitié et la sévérité la diminue. Il ne s'agit ici que de ces petits défauts qui ne tirent point à conséquence. La complaisance pour les vices des amis serait contraire à la morale et à l'amitié.