Ce qui est pris de cette pensée d'Isocrate: «S'il est quelqu'un dont vous vouliez faire un ami, dites-en du bien à des gens qui le lui rapporteront: Le principe de l'amitié est la louange, celui de la haine est le blâme.»

On ne peut vivre sans amis.

Proverbe ancien rapporté dans cette phrase de Cicéron: «Omnes ad unum idem sentiunt, sine amicitia vitam esse nullam. (De Amicitia, XXIII.) Tous les hommes sont du même sentiment que sans l'amitié la vie n'est rien.»

«Nous avons presque tous cela de commun, que non-seulement la douleur qui, étant faible et impuissante, demande naturellement du soutien, mais la joie qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter d'elle-même, cherche le sein d'un ami pour s'y répandre, sans quoi elle est impuissante et assez souvent insipide; tant il est vrai que rien n'est plaisant à l'homme s'il ne le goûte avec quelque autre homme dont la société lui plaise.» (Bossuet, Sermon pour le mardi de la troisième semaine de carême.) Les Grecs disaient: L'amitié est plus nécessaire que le feu et l'eau, deux choses sans lesquelles il serait impossible de vivre. C'est pour cela que chez les Romains on avait donné aux amis le nom de necessarii, nécessaires, et à l'amitié celui de necessitudo, nécessité. Expressions empreintes du sentiment profond et délicat qui les avait inspirées.

L'amitié est regardée comme une des joies du paradis; il serait imparfait sans elle. On lit dans un des cantiques spirituels de Jacopone de Tadi: «Les élus s'aiment d'une tendresse si délicate que chacun tient l'autre pour son maître.»

Buffon disait: «L'amitié est de tous les attachements le plus digne de l'homme. C'est l'âme de son ami qu'on aime, et pour aimer son ami il faut en avoir une.»

Il faut louer tout bas ses amis.

Mme Geoffrin établissait comme autant de règles ces trois choses: 1o qu'il faut rarement louer ses amis dans le monde; 2o qu'il ne faut les louer que généralement et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter quelque doute sur le fait ou de chercher à l'action quelque motif qui en diminue le mérite; 3o qu'il ne faut pas même les défendre, lorsqu'ils sont attaqués trop vivement, si ce n'est en termes généraux et en peu de paroles, parce que tout ce qu'on dit en pareil cas ne sert qu'à animer les détracteurs et à leur faire outrer la censure.

Fontenelle avait dit avant Mme Geoffrin: «Empêchez que vos amis ne vous louent avec excès, car le public traite à toute rigueur ceux que leurs partisans servent trop bien.»

Ces conseils sont le développement de notre proverbe, qui est pris du passage suivant de Salomon: «Qui laudat amicum voce alta erit illi loco maledictionis. (Proverbes, XXVII, 14.) Qui loue son ami à haute voix attirera sur lui la malédiction.»