Il faut dire la vérité à ses amis.
Il ne faut pas craindre de déplaire à ses amis en leur disant la vérité, quand elle doit leur être utile; mais il ne faut jamais oublier que, si l'amitié donne le droit de les contredire, elle impose le devoir de ne pas les offenser par la contradiction.
«Nos amis sont en notre garde, dit Bossuet. Il n'y a rien de plus cruel que la complaisance que nous avons pour leurs vices, et nous taire, en ces circonstances, c'est les trahir. Ce n'est pas là le trait d'un ami. C'est l'action d'un barbare que de les laisser tomber dans un précipice faute de lumière, tandis que nous avons en main un flambeau que nous pourrions leur mettre devant les yeux. Il faut même de la fermeté et de la vigueur dans ces avis charitables. Usez de la liberté que le nom d'amitié vous donne, ne cédez pas, soutenez vos justes sentiments. Parlez à votre ami en ami, jetez-lui quelquefois au front des vérités toutes sèches qui le fassent rentrer en lui-même; ne craignez pas de lui faire honte, afin qu'il se sente pressé de se corriger et que, confondu par vos reproches, il se rende enfin digne de louanges.
«Mais, avec cette fermeté et avec cette vigueur, gardez-vous de sortir des bornes de la discrétion; je hais ceux qui se glorifient des avis qu'ils donnent, qui veulent s'en faire honneur plutôt que d'en tirer de l'utilité, et triompher de leur ami plutôt que de le servir. Pourquoi le reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous devant tout le monde? C'était une charitable correction et non une insulte outrageuse que vous aviez à lui faire. Parlez en secret, parlez à l'oreille; n'épargnez pas le vice, mais épargnez la pudeur, et que votre discrétion fasse sentir au coupable que c'est un ami qui parle.» (Sermon pour le mardi de la troisième semaine du carême.)
Voici un beau proverbe arabe qui correspond au nôtre: La sincérité est le sacrement de l'amitié.
Vieux amis vieux écus.
Dicton né au commencement du quatorzième siècle, sous le règne de Philippe le Bel, surnommé le faux monnayeur, parce qu'il avait fait subir aux monnaies une altération telle, que la valeur intrinsèque de chaque écu n'était plus que le tiers de celle qu'il avait eue sous les règnes précédents. Cette altération et l'ordonnance par laquelle il enjoignait aux particuliers de porter à l'atelier monétaire le tiers de leur vaisselle, dont ils recevraient le prix en espèces nouvelles, sous peine de confiscation, irritèrent si fortement les esprits, qu'une révolte générale aurait éclaté si le clergé n'eût pris le soin de la conjurer, en offrant au roi les deux tiers de ses revenus, afin que les monnaies fussent remises au même titre que du temps de saint Louis. Cependant, malgré la promesse royale achetée par la générosité de l'Église de France, le dicton ne cessa pas d'être entièrement vrai pendant un assez grand nombre d'années; mais il ne l'est plus que dans sa première partie, depuis que les gouvernements ont compris l'extrême importance de laisser au numéraire la valeur réelle qu'il doit avoir… Les vieux écus aujourd'hui ne sont pas meilleurs que les neufs. Quant aux vieux amis, ils n'ont pas seulement gardé tout leur prix, ils l'ont augmenté en raison de leur excessive rareté.
On ne saurait avoir trop d'amis.
Les Arabes disent: Mille amis, c'est peu; un ennemi, c'est beaucoup. Mais les amis dont il est question dans leur proverbe, comme dans le nôtre, ne sont pas ces êtres d'élite entre lesquels une grande conformité d'inclinations et de mœurs, une intime correspondance de pensées et de sentiments, ont établi la plus parfaite des unions: il s'agit de ceux dont l'amitié moins pure et moins rare n'est pourtant pas à dédaigner, à cause des bons offices qu'elle peut rendre aux personnes qui savent se la concilier. Je crois qu'il faut penser sur ce sujet comme la Bruyère. «C'est assez pour soi d'un fidèle ami, dit-il, c'est même beaucoup de l'avoir rencontré: on ne peut en avoir trop pour le service des autres.» (Ch. IV, du Cœur.)
Les amis de nos amis sont nos amis.