Au même instant les deux indiens, jetant leurs fusils, tirent, des pistolets de leur ceinture et s'élancent l'un sur l'autre. Les balles sifflent et s'enfoncent dans l'écorce résineuse des sapins, les deux guerriers s'approchent toujours et le feu roule bien nourri.

Le jeune chef est blessé, car le sang coule le long de son bras et jusque sur sa main; mais il ne faiblit point et semble ne pas s'en apercevoir.

--Voyez-donc le sang d'un chien peureux! crie le Lièvre qui court, en se moquant du jeune chef.

Les autres guerriers se battaient toujours, et déjà plusieurs jonchaient le sol.

Au cri insultant du Lièvre qui court, Kisastari dégaine son couteau et, d'un bond, se précipite sur son adversaire. Mais son pied s'embarrasse dans une branche et il tombe. Alors, le traître lève le bras pour le frapper.

--Arrête! s'écrie une femme, je l'aime!...

C'était Naskarina.

--Il ne t'aime pas, lui, hurle le Lièvre court, qu'il meure!

Disant cela, le Lièvre qui court presse la détente de son pistolet, mais Kisastari s'était levé: il fait un bond et déjoua la balle.

--Meurs donc toi-même, traître! dit-il. Et la lame luisante de son couteau, passant comme un éclair, vint se planter, vibrante, dans le tronc d'un arbre. Le Lièvre qui court, vif et habile, avait à son tour trompé la mort. Alors Kisastari empoigne son ennemi par les flancs et une lutte ardente commence. Malheur à celui qui tombera! Les deux adversaires ressemblaient à deux dogues qui se tiennent par leurs crocs aigus. Le Lièvre qui court, s'efforce d'échapper à l'étreinte et de saisir le manche de son poignard, mais le jeune chef le serre comme un étau, et le pousse peu à peu vers le sapin ou tremble encore sa fine lame. Le traître se sent faiblir, ses jambes tremblent sous lui, la sueur l'inonde, il voit un nuage passer devant ses yeux.