--Victor, dit, dit-elle en le couvrant d'un regard plein de pleurs et d'amour, Victor, consentirais-tu donc à avoir pour enfants les petits fils de mon père?...
Victor l'étreignit sur son coeur et, silencieux, sortit sans pouvoir répondre.
Plus tard, une belle jeune fille arrivait au fort Providence, sur les bords de ce grand lac solitaire qui dort dans les régions boréales, sous un manteau de glace. Elle apportait beaucoup d'argent pour secourir les pauvres et embellir la chapelle de Dieu; elle apportait beaucoup d'ardeur pour le salut des enfants sauvages. Cette nouvelle sainte qui voulait expier les fautes de sa race, c'était Marguerite. Le trappeur qui l'avait conduite là, c'était l'ex-élève. Il revint prendre sa place au foyer du grand-trappeur qui ne voulait pas se séparer de lui.
Gagnon, instruit par les événements qu'il avait vu se dérouler sous ses yeux, retourna auprès de la Louise. Il arriva au moment ou la vieille Labourique sortait.... Elle sortait pour aller au cimetière. Pour racheter un peu le mal qu'il avait causé à la société en général et au bonhomme Asselin en particulier, il donna à ce dernier la belle terre qu'il venait d'acquérir à Lotbinière.
Deux ans se sont écoulés. Victor, sur la voie de la fortune et de la gloire, vient d'arriver à la maison paternelle. Le grand-trappeur, Noémie, l'ex-élève et le vieux Asselin font la partie de quatre sept, et s'amusent comme seuls peuvent s'amuser des chrétiens qui ont la paix et l'amour de Dieu dans la conscience, et de l'or dans leur bourse.... Victor apporte une lettre de Marie Louise, la soeur St. Joseph du fort Providence. Les cartes restent pêle-mêle sur la table, et les oreilles attentives ne perdent pas un mot. Or voici ce que dit cette lettre, et ce sera la dernière page de mon livre.
Mon cher grand-trappeur,
Je te donne, frère, ce nom que répéteront longtemps nos solitudes immenses; il doit être doux à ton oreille comme il l'est au coeur des pauvres indiens................... .....................................
La religion porte, de plus en plus loin, son flambeau divin dans les régions naguère plongées dans les ténèbres, et son oeuvre de miséricorde et de paix ne s'arrêtera que lorsqu'il n'y aura plus d'âmes à sauver. Nos saints missionnaires semblent redoubler de zèle et de travail à mesure que l'âge et les privations de toutes sortes s'acharnent à les écraser. Le spectacle de leurs dévoûment nous soutient et nous encourage, nous, pauvres femmes.... ............... Nous trouvons aussi un exemple admirable de toutes les vertus dans la jeune Marguerite. Quel caractère franc et énergique! quelle âme soumise et pénitente! et comme nos enfants sauvages se plaisent à l'entendre et à la voir!................
Couteaux-jaunes et Litchanrés continuent à chasser et à vivre ensemble comme des frères, sous le jeune Kisastari leur chef commun. Iréma est heureuse maintenant et son mariage a été béni du Seigneur. Naskarina, son ancienne rivale, ne nous a pas laissés. Elle aussi a tourné vers le Seigneur le feu de son âme ardente...............................
Je t'ai dit antérieurement, mon frère, les actions de grâces que nous avons rendues au ciel en apprenant comment il avait mis fin à tes infortunes et au deuil de ta douce Noémie.