—Oh! tu saignes... gémit Angeline... Ton épaulette est cassée.
—Ah!... fit-il, en s'effrayant.
Elle lui soutint la taille. Il se défendit quand elle voulut ouvrir l'uniforme: il craignait de voir une blessure trop grave. Sa mâchoire inférieure s'alourdissait fort. Il crut avoir des dents et un maxillaire de plomb. Le goût saumâtre du sang lui gâtait la bouche. Il expulsa de la salive. C'était rouge... Le coup avait-il ébranlé les dents, râpé la joue, tranché l'épaule?
«Mourrai-je ainsi que mon père? Ce serait noble et généreux!...»
Dans l'algarade, les ongles de sa main droite s'étaient retournés. Auprès de cette souffrance il comptait pour rien l'engourdissement du bras, la douleur aiguë qui tenaillait ses muscles, la migraine qui cerclait ses tempes. Tremblante, Angeline le guidait vers une boutique presque close. Deux femmes à cornettes l'assirent, contre le comptoir, dans le fauteuil de la caissière. Leurs mains prudentes déboutonnèrent l'habit. Ce fut atroce quand on dépouilla de sa manche le membre blessé.
—Ursule, le vulnéraire! Où est le vulnéraire?... Il se trouve mal.
—Oh! que de sang!... Il faut des compresses!... de la toile!
Il se résignait, l'âme molle. Durant une détonation, les femmes tressaillirent et se bouchèrent les oreilles. La bataille continuait... Une vieille quitta son fauteuil et fut, courbée en deux, fermer la porte. Elle se signa; elle récita tout haut son chapelet en marmonnant. Les larmes glissaient de ride en ride jusqu'au fichu croisé.
Un enfant revint avec une cuvette pleine d'eau.
—Je vais quérir un chirurgien... disait la voix d'Angeline grelottante.