—Le général? demanda-t-il avec l'accent d'un homme qui vient de fournir une longue traite.

—Il est là: il s'est jeté tout habillé sur un lit; je suis son officier d'ordonnance.

—Veuillez le réveiller alors, capitaine; dépêches du général en chef.

J'entrai précipitamment dans la chaumière, et en apprenant de quoi il s'agissait, le général fut immédiatement sur pied. En le voyant, l'aide de camp salua respectueusement et dit:

—Voici les dépêches, mon général. J'avais ordre de ne les remettre qu'à vous-même.

Il les avait à peine remises que, sans attendre un mot de remerciement, il piqua des deux et s'éloigna à fond de train, suivi par le cavalier qui l'avait amené jusqu'à nous.

—Cela m'a l'air de vouloir chauffer, murmura à mon oreille l'un des officiers du général.

Nous nous tenions attentifs et immobiles, à quelques pas de ce dernier. Par son ordre, un soldat avait apporté une lanterne à la lueur de laquelle il lut la dépêche qu'il venait de recevoir. La clarté blanche donnait en plein sur son visage, dont je pouvais ainsi observer tous les mouvements, et mes yeux s'attachaient sur ses traits, impatient que j'étais de connaître la vérité. Mais la figure du général demeura impassible. Aucun tressaillement ne fit trembler ses joues. Seulement, quand il releva la tête, je crus voir dans ses yeux une expression de résolution et de défi que je ne lui connaissais pas; en même temps, d'une voix ferme et nette, il nous dit:

—Je crois, messieurs, que vos ardeurs ne tarderont pas à être satisfaites et que ma division livrera aujourd'hui sa première bataille.

—Je ne m'étais pas trompé, fit de nouveau l'aide de camp qui m'avait précédemment parlé.