—Ma foi, tant pis. Avant de mourir j'aurais voulu savoir...
Il s'arrête. L'horrible souffrance qu'il éprouve lui coupe la parole. Mais cette crise dure à peine quelques secondes, et alors je vois le pauvre petit chasseur, se redressant autant qu'il peut le faire, la face livide, l'œil assombri déjà par la mort qui s'avance, et je l'entends crier:
—Vive la France!
Puis, il retombe; à ce cri d'héroïque soldat succède une plainte d'enfant et je n'entends plus que ces mots coupés par des hoquets d'agonie:
—Maman, chère maman!
* * *
—Nom de nom! que faites-vous donc là, Rocheray?
Je me retourne brusquement. J'ai reconnu la voix de mon général. Je m'arrache au navrant spectacle que je viens de décrire; je suis mon chef qui regarde et encourage ses troupes formées en bataillons. Elles s'avancent, en obligeant l'ennemi placé devant elles à redoubler son feu roulant et non interrompu. Nous ne sommes plus qu'à une courte distance des bataillons allemands. Encore une minute et nous allons les aborder à la baïonnette. Nous nous préparons à combattre avec acharnement; car ceux qui sont en face de nous ont l'avantage de la position. Placés sur une hauteur couronnée par leur artillerie, ils nous menacent d'une manière terrible.
—Allons, mes enfants! crie et répète le général qui galope autour de sa division, en nous entraînant à sa suite, sans se soucier des balles qui sifflent à ses oreilles et des obus qui éclatent devant nous, allons! il va falloir grimper là-dessus. Du courage et du jarret surtout!
Ce n'est rien ces quelques mots, mais cela suffit pour encourager les soldats. Nous nous élançons sur ces pentes heureusement peu abruptes.