En quelques minutes, je franchis une énorme distance, et je vais me jeter dans un groupe de cuirassiers qui poursuivent des uhlans; je me joins à eux.
Mais que pouvons-nous faire contre cette effroyable accumulation de troupes et de canons? Les intrépides cuirassiers, les énergiques chasseurs ont beau se ruer furieusement contre ces fantassins appuyés de tous côtés par de l'artillerie, ils sont arrêtés en route et obligés de renoncer à la partie. Pour la seconde fois, nous revenons en désordre au point de départ. Mais la moitié de notre effectif est restée en route. La plupart de nos officiers supérieurs ont disparu, et dans l'escadron auquel je me suis joint, c'est un sous-lieutenant qui commande. Tandis que d'un œil désespéré, la rage au cœur, impuissants, vaincus, nous ne demandons qu'à mourir, nous voyons arriver vers nous le maréchal entouré seulement d'un petit groupe d'officiers.
Ses vêtements sont couverts de poussière et de boue, son visage est noirci en maints endroits, comme par des traînées de poudre. Une flamme sombre anime son regard. Il fait quelques pas vers le général qui nous commande et lui dit:
—Général, il faut charger là-dessus.
En prononçant ces paroles, il a mis pied à terre et de sa main droite qui tient une grosse lorgnette noire, il désigne la masse confuse de Prussiens.
—Maréchal, nous avons chargé deux fois. J'ai perdu la moitié de mes hommes.
Et à son tour, il montre au commandant en chef ses escadrons décimés et, parmi les cavaliers qui lui restent, un certain nombre en train de panser les blessures légères qu'ils ont reçues pendant les charges héroïques qui viennent d'avoir lieu.
—Peu importe, général, il faut recommencer, il le faut.
Le général, qui avait mis pied à terre, ne réplique pas, s'incline et se dirige vers son cheval. Mais le maréchal fait deux pas derrière lui, l'appelle, l'arrête d'un geste, et ajoute:
—Oui, il le faut. Mais auparavant, général, embrassons-nous.